jeudi 8 juillet 2021

Le Conseil d'Eauprofonde

 


Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 12

 

Avec

 

Thormund Sombracier, Le barbare qui n’apprécie pas qu’on n’écoute pas ses avertissements

 

Kri Shanu, Le moine qui comprend ce que devenir un dragon veut dire

 

Arias Letho Mortegueule, Le chasseur de mage qui dit aux seigneurs ce qu’ils veulent entendre

 

Ildur Main d’Airain, Le ranger qui doit être attaché pour lutter contre ses pulsions

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide qui a des lacunes dans sa connaissance des dieux de Faerun

 

 

Elturel a retrouvé sa place sur les rives de la Chiontar mais la cité est ruinée et le désespoir grandit parmi sa population malgré le secours qui arrive chaque jour depuis Baldur’s Gate. Sans l’aide des Poings Enflammés, la famine se serait déjà installée car l’Elturgard n’est plus, démantelé par la faute de la trahison des Compagnons. Iriaebor est désormais sous la coupe des forces du Zhentarim de la Forteresse Noire, Berdusk panse encore ses plaies tandis que Scornubel a elle aussi été mise à sac. Ce ne sont pas des diables qui ont fondu sur la ville-caravansérail mais un vol de dragons au service du culte. Le butin que les tiamatistes ont saisi est énorme mais c’est surtout le sort des innombrables captifs qu’ils ont saisi qui est inquiétant. Ces milliers de malheureux ne se sont pourtant pas volatilisés et les héros mettraient leur main à couper qu’ils ont sûrement été trainés à travers le portail du bois des dents acérés jusqu’à la vallée du Nexus.

Au fil des jours, les rumeurs d’autres attaques un peu partout le long de la côte des épées leur parviennent. Aucune n’a l’ampleur de celle de Scornubel mais à nouveau on parle de dragons ainsi que d’étranges démons draconiques dont la description n’est pas sans rappeler les abishaiis qui nichaient sur la tour d’Arkhan dans le domaine de Tiamat en Avernus.


les réfugiés auprès des ruines d'Elturel



 

Les héros font ce qu’ils peuvent pour remonter le moral de la population qui est rassurée de savoir que les sauveurs de la cité sont encore parmi eux. Kri s’entoure même d’un groupe de disciples avec qui il partage la sérénité nouvelle que son passage en enfer lui a permis de trouver. Mais l’amoncellement des mauvaises nouvelles pousse de plus en plus d’habitants à quitter Elturel pour tenter leur chance ailleurs. La citadelle se referme autour des coffres d’Elturgard à nouveau scellés et il est désormais temps de songer à reprendre la lutte contre les menées du culte.

C’est justement ce sujet que le duc Ulder Ravengard demande aux héros de venir aborder devant le conseil d’Eauprofonde où seront réunis les membres les plus importants de l’alliance des seigneurs. Onthar Frume se joindra aussi aux débats au nom de l’ordre du Gantelet car l’aura de sainteté qui l’entoure depuis sa résurrection a dissipé son ancienne réputation de soudard pour en faire le parfait porte-parole des défenseurs du bien.

Avant de suivre la route du commerce pour remonter jusqu’à Eauprofonde, les aventuriers ont cependant quelques points à éclaircir entre eux. Rka leur révèle ce que sa vision véritable lui a montré pendant sa métamorphose angélique. Il confirme tout d’abord que l’âme d’Ildur semble avoir été arrachée à son corps qui ne lui est apparu que comme une coquille vide. Serait-elle donc bien enfermée dans sa mystérieuse bougie comme l’avait suggéré Mad Maggie lors de leur première rencontre ?

Quant à Arias, le drakéide l’a découvert sous une apparence encore inédite qu’il partage au reste du groupe en la dessinant par magie dans les airs. L’illusion montre un jeune noble, le teint pâle, assez frêle, les cheveux blancs, l'air timide, portant une riche tenue survêtue d'une veste bleu sombre sur laquelle est cousu un griffon d'or portant un sceau entre ses griffes, trois croissants rouges, les pointes tournées vers la droite, sur fond bleu-noir strié d'or, le tout cerné d'une chaîne dorée de diamants,et il serre dans sa main un pendentif en forme de triangle encadrant un tourbillon de volutes de fumées dont la signification échappe totalement au paladin. Arias reconnait l’homme qu’a vu Rka. Il s’agit d’un certain Ender Darowdryn, un individu mystérieux qui a permis au chasseur de mage de se libérer de l’emprise du baron Thuragar en échange de ses services occasionnels. Il leur montre une figurine de griffon d’or qui serait le signe de reconnaissance qu’il présente aux autres serviteurs de Darowdryn. En revanche, Arias semble complètement inconscient qu’il partage son corps avec ceux-ci et les allusions de ses compagnons pour le lui faire comprendre ne rencontrent aucun écho.

Enfin les héros se décident à faire une expérience qu’ils ont maintes fois repoussée jusqu’ici. L’un d’eux va devoir enfiler le masque du dragon noir afin d’en apprendre plus sur les pouvoirs de l’artefact. Ildur est disqualifié d’office et devra même être enchainé pour éviter qu’il ne tente encore de s’enfuir avec l’objet. Thormund reste muet face à la proposition, Errtu ne souhaite sans doute pas risquer de révéler ses plans à la déesse. Les multiples visages d’Arias ont érodé la confiance que ses compagnons placent en lui et ils préfèrent donc ne pas lui confier la tâche d’affronter les pouvoirs du masque. Rka aurait sûrement la force de les dompter mais l’idée d’entretenir un contact aussi intime avec la némésis du dieu qu’il révère le répugne au plus haut point. C’est donc Kri qui est choisi puisque personne ne doute qu’il saura garder un contrôle absolu de lui-même comme il l’a fait lors de leur séjour en enfer où il fut le seul à surmonter l’horrible fatigue qui a tenaillé tous les autres.


Le visage de Kri portant le masque

Le moine fait le vide dans son esprit et approche le masque de son visage. Les écailles d’émail noir semblent prendre vie en s’ajustant autour de ses tempes. Le masque pulse et s’anime. La gueule se garnit de crocs suintant l’acide. Les orbites squelettiques s’éclairent d’une paire d’yeux jaunes fendus par le milieu. La chair et le masque fusionnent et le moine se voit littéralement doté d’une tête de dragon noir quasiment identique à celle de Rezmir, la précédente porteuse du masque. De son côté, Kri sent une insondable puissance l’envahir qui l’élève au rang d’un véritable dragon. Sa compréhension du monde s’étend ne manière incalculable, il saisit enfin toute l’étendue du gouffre qui sépare les grands wyrms des fragiles humanoïdes qui s’agitent dans leurs éphémères existences. La maîtrise mentale du moine est heureusement à la hauteur des attentes et il parvient à arracher le masque de son visage avant d’être emporté par la bouffée de mégalomanie qui l’a assailli. En dehors des attributs draconiques qu’il donne à son porteur, l’objet a donc pour qualité principale de permettre de parler d’égal à égal avec un dragon, ce qui explique que les wyrmspeakers ait pu rallier autant d’entre eux à leur cause en aussi peu de temps. En revanche, contrairement à ce que les aventuriers craignaient, il ne crée aucun lien télépathique avec les autres porteurs et il ne sera d’aucune utilité pour surprendre les pensées des dirigeants du culte à leur insu.

 

Rassérénés après ces différentes mises au point, les héros se mettent en route vers Eauprofonde entourés de la bande de va-nu-pieds illuminés qui ont rejoint la communauté de Kri. Ils y débarquent trois semaines plus tard depuis le navire qui les a transportés depuis Baldur’s Gate. Ils prennent leurs quartiers dans la somptueuse demeure de Lord Ulbrinter, mais l’ambiance qu’ils y trouvent y est bien sombre car Lady Remalia Haventree dont le charme solaire les avait enchantés la fois précédente est aujourd’hui une veuve éplorée. Son époux a succombé dans un tragique accident, renversé par une calèche dont les chevaux s’étaient emballés. Du moins est-ce là la version officielle car Remalia est persuadée qu’il a été assassiné parce qu’il était sur le point de mettre au jour l’implication d’Albrecht Gant avec le culte du dragon de manière si définitive que même la protection de son cher ami Lord Neverember n’aurait pu le disculper. Il venait juste de retrouver la trace de Vaelish Gant qui a été aperçu au pont de Boareskyr il y a quelques jours, mais ses meurtriers se sont assurés qu’il ne puisse pas le poursuivre plus avant en le faisant piétiner si violemment que son crâne a été réduit en pulpe, interdisant ainsi toute possibilité de résurrection. Elle implore les héros de continuer l’œuvre de son époux pour qu’il ne soit pas mort en vain.

 



Dagult Neverember



Le lendemain, les personnalités les plus importantes de la côte des épées et du nord sont rassemblées dans la grande salle du conseil d'Eauprofonde. Sur l'estrade centrale se tient lord Dagult Neverember, seigneur démasqué d'Eauprofonde et lord protecteur de Neverwinter. Derrière lui se tiennent en retrait les seize autres seigneurs masqués dont il est le porte-parole. A sa droite, Ulder Ravengard attend avec impatience que les héros prennent la parole tandis que Taern Hornblade, l'ancien dirigeant de Silverymoon compulse ses notes d'un air distrait. De l'autre côté, le vieux roi de Mithril Hall, Connerad Brawnanvil, représente les nains de Gauntlgrym, tandis que le jeune prince Alagarthas parlera pour son père, le roi Melandrach, souverain des elfes sylvains de la grande forêt.  

le prince Alagarthas

Aux côtés des héros se tiennent aussi leur ami Onthar Frume pour l'Ordre du Gantelet et Sire Isteval de Lathandre, l'un des héros les plus renommés du Nord dont la présence loin de sa retraite de Daggerford reste pour l'instant un mystère.  

 

Le duc de Baldur's Gate est le premier à prendre la parole. Il se lance dans une harangue enflammée pour dénoncer la menace grandissante du culte du dragon que l’alliance des seigneurs se doit de prendre au sérieux. Il appelle les héros à témoigner dans ce sens et à rappeler tout ce qu'ils ont déjà du affronter, des déprédations au Valbise au siège de Berdusk en passant par l'attaque avortée sur Goldenfields depuis Skyreach Castle, pour finir par la terrible descente aux enfers d'Elturel. Malgré leur récit de première main de ces effroyables évènements, lord Neverember ne paraît pas particulièrement catastrophé. Il regrette certes le sac de Scornubel et la dissolution de l'Elturgard mais il ne semble pas convaincu qu'une telle calamité puisse toucher Eauprofonde, d'autant plus que la cité est protégée par un champ magique impénétrable pour les dragons. Les attaques et les pillages des adorateurs draconiques sont une nuisance indéniable mais il ne considère pas qu'elle nécessite de lever le ban et l’arrière-ban pour la régler.   

Alagarthas approuve ses conclusions en affirmant que son père a fait le nécessaire pour faire cesser les troubles aux abords de la grande forêt et que le royaume des elfes sylvains a retrouvé la paix, mais ses arguments sont loin de convaincre les héros qui le soupçonnent de cacher quelque chose.

Connerad Brawnanvil


L'ambassadeur Brawnanvil déclare que dans ces conditions, les nains s'occuperont eux aussi de leurs propres affaires et continueront de rebâtir leurs défenses que leur récente guerre contre les elfes noirs a mis à rude épreuve.  


La question du projet d'invocation de Tiamat par ses cultistes est ensuite abordée par Taern Hornblade. Il confirme que les érudits de l'université d'Ollam ont déterminé que les fragments de rituel trouvés entre les mains des sorciers rouges sont effectivement bien destinés à amener la déesse sur Faerun et a même le potentiel d'y parvenir.  Cependant les spécialistes des arcanes des plans extérieurs sont formels, Tiamat est indissociable de la prison qu'est devenu son domaine et aucun rituel aussi puissant soit il ne peut briser les chaînes dont Asmodée a entravé la reine des dragons.  

Taern Hornblade


Onthar Frume fait ensuite une brève déclaration pour apporter son soutien à Ulder Ravengard. L'ordre du Gantelet se tient prêt à se mobiliser et à frapper telle l'ost divine là où se terrent les serviteurs du mal. Puis sire Isteval s’avance. Il vient délivrer un message de la part du Roi de Justice, le plus sage et le plus vénéré des dragons d’or ; malgré l’implication grandissante des dragons chromatiques, les dragons métalliques ne s’impliqueront pas aux côtés des humains dans la lutte qui s’annonce. Ils règleront le problème seuls si cela s’avère nécessaire, mais d’ici là il serait vain de tenter de les solliciter plus avant. En souvenir des batailles qu’ils ont mené côte à côte, le paladin a accepté de relayer cet étonnant message, mais il est persuadé que cette rebuffade précoce cache quelque chose car cela ne ressemble en rien au comportement des dragons qu’il a connu autrefois.

 

Sire Isteval

Lord Neverember conclue les débats en balayant d’un revers de la main les soupçons que les héros montrent envers son ami Albrecht Gant et en refusant de mobiliser la puissance militaire d’Eauprofonde aux côtés de celle de Baldur’s Gate pour le moment, préférant faire confiance à ses espions et à des braves comme les héros du Nord pour déjouer les plans du culte. Le duc Ravengard frappe du poing sur la table en admonestant son homologue aquafondais pour son aveuglement avant de quitter la salle en furie. Les autres délégués prennent également congé et le prince Alagarthas accepte que les héros se joignent à lui pour pouvoir constater par eux-même que tout va bien au royaume des elfes. Il partira dans trois jours et les aventuriers comptent bien mettre ce temps à profit pour amener devant la justice les assassins d’Arthagast Ulbrinter.

 

mercredi 16 juin 2021

La Rédemption de Zariel

 


Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 12

 

Avec

 

Tengrim Copperplate, Le nain d’une loyauté indéfectible envers son arme

 

Kri Shanu, Le moine qui dresse un dôme de glace

 

Arias Letho Mortegueule, Le chasseur de mage dont l’éloquence atteint de nouveaux sommets

Ildur Main d’Airain, Le ranger qui veut s’éloigner du domaine de Tiamat au plus vite

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide qui est transfiguré par la lumière céleste

 

 

 

« Êtes-vous prêts à tout sacrifier pour vaincre le mal ? », demande Zariel.

 

Tengrim, Kri et Ildur sont catégoriques dans leur réponse. Ils refusent de suivre l’archange dans le fanatisme qui l’a conduite à la damnation. Rka lui offre un aperçu exhaustif des malheurs que causera son obsession pour sa croisade, ne lui épargnant aucun détail sur la malédiction qui pèse sur les malheureux habitants d’Elturel ni sur le triste sort qui attend chacun de ses fidèles généraux. Les visages de ces derniers s’assombrissent en entendant le drakéide narrer leurs destins funestes, mais Zariel reste au contraire impassible. Elle se tourne vers Arias qui se redresse pour d’endosser la responsabilité d’accompagner l’archange aux enfers dans l’espoir que son conseil saura cette fois-ci la détourner de ses errements. Zariel acquiesce et ses généraux tournent bride vers le portail où s’engouffre la horde démoniaque en déroute, mais avant que le chasseur de mage ne se joigne à eux, l’aveuglante lumière blanche vient à nouveau emporter les héros loin d’Idyllglen.

 

Lorsque la vue leur revient, ils sont de nouveau au pied du rocher dans lequel est plantée la grande épée de Zariel. Yael leur fait face, une larme de soulagement coule sur sa joue. Elle les félicite pour leur bravoure qui a prouvé qu’ils sont bien dignes de ses espérances. Pourtant il en est un parmi eux qui s’est montré plus méritant que les autres. Ce n’est pas Kri dont l’empressement a coûté la vie à une innocente, ni Rka dont le courage a vacillé un instant sous les coups de Yeenoghu, pas plus qu’Arias qui a eu l’orgueil de croire qu’il ferait mieux que Yael pour garder Zariel dans le droit chemin. Ildur aurait pu être celui qui brandirait l’épée mais sa compassion était plus grande pour un chien que pour les hommes. A l’inverse Tengrim est celui qui a fait rempart de ses armes aux innocents sans qu’à aucun moment son cœur ne tremble. Elle s’écarte pour laisser le nain venir prendre possession de la relique. Tengrim ne fait pourtant pas un pas en avant. Yael le regarde, interloquée, et titube sous le choc quand il lui explique qu’il ne peut en aucun cas accepter l’honneur qu’elle lui destine car il est déjà uni par un lien indéfectible à une autre arme, la puissante Jotunbane, à qui il a juré son bras. En entendant son porteur renouveler ainsi son serment, la hache vibre de fierté et Tengrim sent que son arme se fera désormais un devoir d’être encore plus redoutable pour se montrer à la hauteur de l’honneur qu’il lui fait.

 

Yael est complètement perdue suite à ce refus, elle dévisage tour à tour chacun des autres héros, cherchant un signe qui lui indiquerait celui qui est véritablement appelé à brandir l’épée de Zariel. Les colonnes autour d’eux se fissurent et de sourds tremblements commencent à lézarder le grand dôme qui les surplombe. Rka fait alors taire ses doutes et grimpe sur le piédestal. Il empoigne fermement la grande lame angélique et la retire du rocher d’un grand geste. Il la lève bien haut vers le ciel et la lumière céleste qui entoure l’épée vient le recouvrir entièrement, provoquant une fantastique métamorphose. Ses écailles prennent l’aspect rutilant du platine alors qu’une grande paire d’ailes de métal se déploie dans son dos. Ses yeux semblent couverts d’argent liquide et lui donnent un regard qui semble capable de percer toutes les apparences pour enfin mettre à nu la vérité des êtres. Sa stature semble se faire encore plus imposante comme un halo de lumière divine émane de lui, affirmant à des lieues à la ronde sa nouvelle nature angélique.


Le nouveau visage de Rka

Les secousses s’intensifient et la silhouette fantomatique de Yael s’estompe peu à peu. Elle supplie une dernière fois les aventuriers de ne pas la décevoir avant de disparaître. Sans la volonté de sa créatrice pour en maintenir l’intégrité, la citadelle explose violemment autour des héros. Si la déflagration les épargne, ce n’est pas le cas du furoncle et de la troupe de démons qui hantait ses entrailles. Tout est balayé sur des kilomètres à la ronde, ensevelissant le marais purulent sous une pluie de cendres stérilisatrice. Du haut de la petite butte sur laquelle les héros se tiennent, la lumière divine qui irradie de Rka fait l’effet d’un phare au milieu de l’océan. Nul doute que ce fanal ne tardera pas à attirer l’attention de l’armée de diable qui accoure à l’horizon pour reprendre le furoncle désormais oblitéré.

Il faut partir, mais où aller ? Certains veulent profiter du regain de puissance que leur offre l’épée de Zariel pour aller défier les serviteurs de Tiamat dans leur domaine, d’autres voudraient trouver un abri sûr pour prendre le temps de penser à la suite, mais toutes les retraites possibles, de Fort Knucklebone à Elturel, semblent compromises, la possibilité d’essayer de contacter Mordenkainen à la tour d’Urm est même évoquée. Finalement les héros décident d’agir vite pour pousser leur avantage de manière décisive, ils retourneront auprès d’Olanthius afin que le chevalier déchu les mène directement face à Zariel.

Ces quelques moments d’hésitation auront cependant suffi à une escadre de diables épineux pour arriver en éclaireur sur le lieu du cataclysme. Constatant   qu’il ne reste plus qu’une poignée de survivants, ils assemblent en quelques instants une arche de métal noir sous laquelle se forme un portail miroitant d’énergie. Aussitôt une escouade de diables barbus en surgit au pas cadencé, précédant l’apparition de leur supérieur, un terrible gélugon à la carapace chitineuse couverte de givre. 




Le diable gelé agite sa grande hallebarde en direction des aventuriers tout en faisant claquer ses mandibules pour prononcer une série d’incantation qui font jaillir du sol des éperons de glace qui se fracassent les uns contre les autres jusqu’à former des murs autour des aventuriers. Tengrim est rudement bousculé par le sortilège et aurait été renversé si Arias ne l’avait pas soutenu fermement pour le remettre sur pied. Les diables épineux qui tournoient au-dessus du dédale gelé déversent une pluie de pointes vers Rka qui les dévient toutes de ses larges ailes métalliques. Kri plonge alors sa main dans la glace et y concentre son ki pour lui faire prendre la forme d’un dôme qui met les héros à l’abri de futures attaques aériennes.  Les diables barbus avancent alors au contact pour mettre au pas ces mortels qui osent défier l’ordre de Zariel. Mais Rka pare à nouveau chacun de leurs coups, laissant ses compagnons mener une implacable contre-attaque qui voit les fiélons tomber les uns après les autres. Le gélugon en a assez vu et plutôt que de risquer la mort définitive que ses soldats viennent de rencontrer devant ses yeux, il tente de traverser le portail en sens inverse pour trouver du renfort. Mais avant qu’il puisse l’atteindre, Rka prend son envol et fond sur lui en piqué pour le transpercer de sa lame comme Zariel l’avait fait face à Yeenoghu dans le rêve d’Idyllglen. La carapace du diable se brise comme une noix et ses entrailles sont carbonisées par l’énergie du châtiment divin que le paladin abat sur lui.

 

Avant qu’une nouvelle vague de diables ne prenne la suite de l’avant-garde malheureuse qu’ils viennent d’anéantir, les aventuriers font apparaître leur roc et disparaissent dans les cieux en direction de la crypte des Hellriders.

Olanthius les y attend, juché sur son massif char de guerre tiré par une paire de gorgones. Les flammes qui brûlent au fond des orbites vides du mort-vivant pulsent doucement d’un nouvel espoir. Il invite les héros à se hâter de prendre place à ses côtés. Il fouette son mortel attelage dont les sabots d’airain les emportent à nouveau à travers les cieux, retraçant leur périple en sens inverse jusqu’à apercevoir enfin les murs d’Elturel. La cité n’est plus qu’à quelques dizaines de mètres des eaux du Styx et la citadelle est assiégée de toutes parts par les démons qui grouillent en contrebas. Zariel contemple son œuvre du haut de sa titanesque forteresse volante qui lévite au-dessus du champ de bataille. Reconnaissant le char d’Olanthius, la garde prétorienne d’erynies qui encadre la maîtresse de l’Avernus laisse les héros se poser, mais aussitôt que l’aura céleste de Rka se déploie sur la plateforme sur laquelle ils mettent pied, ils se retrouve encerclés par les diablesses guerrières. Zariel approche à leur rencontre, le visage encore tuméfié par la lutte qu’elle a du livrer contre Kostchtchie dont l’ichor macule le terrible marteau de guerre qu’il a échoué à récupérer. Elle ne montre cependant aucune inquiétude lorsqu’elle ordonne d’un geste à son escorte de laisser passer les aventuriers. Son air agacé se mue en colère froide quand elle se rend compte que les héros se sont emparés de sa légendaire épée, qui plus est avec la complicité d’un de ses plus fidèles lieutenants. Olanthius est accablé par le regard de Zariel qui le force à mettre un genou pénitent en terre. Il lutte de toutes ses forces pour parvenir malgré tout à implorer l’archange déchue d’écouter ce que les aventuriers ont à lui dire.

Arias s’avance alors, soutenu par les prières silencieuses de ses compagnons, et lui délivre un discours percutant qui l’accuse d’avoir échoué dans sa mission de vaincre le mal, d’avoir failli envers tous ceux qui ont cru en elle, d’avoir trahi ses idéaux, ses amis, ses serments. Ces cinglantes attaques sont si excellemment portées qu’elles déstabilisent l’inflexible archidiable, créant juste un minuscule espace de doute dans son inaltérable armure de certitudes. Arias s’y engouffre avec encore plus d’éloquence pour y insuffler le vent d’un ultime espoir de rédemption, d’une chance de réparer toutes ses erreurs, de retrouver enfin le chemin sacré qu’elle a perdu depuis si longtemps et de brandir à nouveau le flambeau du bien triomphant dans sa lutte cosmique contre le mal. Rka s’agenouille alors à son tour devant Zariel et lui tend sa lame pour qu’elle s’en saisisse. Presque par reflexe, tant la harangue d’Arias l’a troublée, elle referme sa main sur le pommeau de son épée et soudain son visage se fige. 




L’étincelle angélique contenue dans la relique embrase à nouveau la flamme que les manipulations d’Asmodée avaient éteinte. Zariel se souvient enfin de qui elle est vraiment, du véritable sens du combat qu’elle a mené depuis l’aube des temps et elle réalise aussi les terribles crimes qu’elle a commis en le reniant. La lumière céleste quitte le corps du drakeide qui reprend sa forme mortelle alors que Zariel se voit à son tour transfigurée. L’aura d’énergie divine qui émane d’elle se fait si forte qu’elle balaie toute la garde d’erynies qui l’entourait, jetant leurs corps brisés dans le vide. Zariel donne une tendre caresse sur la joue d’Olanthius en l’implorant de lui pardonner tout le mal qu’elle lui a fait. Elle se saisit du Credo Résolu dont les pages s’enflamment aussitôt, libérant ainsi tous les Hellriders de leur serment. Les âmes des malheureux sont délivrées de leur supplice sur les pentes de la colline d’Haruman et Olanthius peut enfin connaître le doux repos de la mort. Zariel se dirige ensuite vers les commandes de la forteresse infernale et détruit les machines qui la maintenaient en vol stationnaire. Les héros sont soulevés dans les airs à la suite de l’archange ressuscitée tandis que la formidable citadelle va s’écraser sur les légions de diables qui contenaient la marée démoniaque vomie des abysses. La catastrophe brise les lignes diaboliques qui se font déborder en quelques secondes par la horde de démons avides de carnage. Zariel profite de la diversion pour entrainer à sa suite les héros vers le Compagnon corrompu qui crépite encore d’éclairs malveillants au-dessus des ruines d’Elturel. D’un coup de sa fantastique épée, elle pulvérise le globe qui entrainait la cité vers la damnation par ses funestes enchantements. Aussitôt les chaines colossales qui l’attiraient vers le Styx se brisent et sous les vivats des derniers défenseurs de la ville sainte, l’archange emporte Elturel vers les cieux, elle traverse les nuées à une vitesse vertigineuse et puis soudain la cathédrale est de retour du Faerun, solidement accrochée à la falaise qui surplombe les rives de la Chiontar d’où elle n’aurait jamais du être arrachée.

Zariel se tourne vers les héros pour leur dire adieu. Elle leur sera éternellement redevable mais elle devra aussi expier ses crimes et faire face au jugement de la hiérarchie céleste. Elle essaiera malgré tout de faire son possible pour aider les braves qui l’ont libéré des enfers et pour commencer, elle leur promet de ramener à la vie Onthar Frume en allant le convaincre en personne de quitter les rangs de l’ost de Torm pour revenir mener le combat à leurs côtés.

L’archange disparait dans le ciel alors que les habitants d’Elturel émergent de l’abri des coffres extra-planaires où ils s’étaient réfugiés, des larmes de gratitude inondant leurs visages, en voyant l’armée de Poings Enflammés qui gardait le cratère laissé par la disparition de la ville venir à leur secours. Tous ces innocents sont sauvés mais la puissance militaire de l’Elturgard tout entier a été anéantie et les héros ne peuvent s’empêcher de frémir en pensant à l’impact que cela aura dans la guerre qui s’annonce face aux forces renouvelées du Culte du Dragon.

 

 

 

mardi 18 mai 2021

Idyllglen

 



Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 12

 

Avec

 


Tengrim Copperplate, Le nain qui se fait le rempart des innocents

 

Kri Shanu, Le moine qui laisse mourir une innocente

 

Arias Letho Mortegueule, Le chasseur de mage qui s’arrache à l’enveloppe corporelle du frère Salazar

 

Ildur Main d’Airain, Le ranger qui n’aime pas voir souffrir les animaux

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide dont la détermination vacille sous les coups du prince démon

 

 

La lumière aveuglante reflue doucement pour révéler un paysage bucolique sous un ciel bleu parcouru de fins nuages blancs. Le parfum printanier qui flotte dans l’air est trop réaliste pour être le fruit d’une illusion. Quel que soit cet endroit, il semble être bien réel. Une petite route serpente le long d’une immense forêt pour mener jusqu’au village d’Idyllglen. Ce nom n’est pas inconnu des aventuriers car il en est fait mention dans le testament de Jander Sunstar et s’il s’agit bien du même endroit, alors cela signifie qu’ils ont été projetés dans le passé car Idyllglen a été rasé par la horde démoniaque que Zariel a poursuivi jusqu’en enfer. Ce sombre présage semble d’ailleurs se concrétiser à l’instant car de noires colonnes de fumée emplissent désormais le ciel à l’horizon. Mais avant que les héros ne puissent se précipiter à la rescousse, un autre événement vient à nouveau ébranler leurs certitudes. Le frère Salazar subit à nouveau une soudaine métamorphose alors que la lame de Borngray le perce de l’intérieur et découpe son apparence comme un morceau d’étoffe. Les lambeaux du prêtre s’évanouissent alors qu’un nouvel avatar de celui qui fut aussi Icham et le Crinti s’extrait de la dépouille de son prédécesseur. La face couverte de tatouage, la mine sombre et la démarche d’un spadassin aguerri, Arias Letho Mortegueule réclame sa place aux côtés des héros du nord comme si c’était une évidence. Ses compagnons hésitent un instant devant cette apparition mais les cris de détresse qui leur parviennent maintenant les obligent à remettre à plus tard leurs questions sur cette transformation inattendue.




 

Le village d’Idyllglen est envahi de gnolls et de démons, les chaumières sont en flammes et partout ce n’est que carnage et destruction. Seul le temple de Lathandre résiste encore aux assauts des Hezrous qui tambourinent sur ses portes derrière lesquelles se sont réfugiés les malheureux villageois. Sur l’esplanade qui s’étend à l’entrée se dresse une colossale statue de Zariel dont la présence semble incongrue car ce monument n’a été érigé que des années après la croisade de l’archange. Un brave molosse s’est réfugié entre ses jambes et tente de repousser par ses aboiements désespérés le cruel shoosuva qui balance son aiguillon venimeux dans sa direction. Mais le drame le plus proche de l’entrée du village se noue devant les yeux des aventuriers alors qu’une villageoise terrifiée se terre sous un chariot renversé pour échapper aux griffes des dretchs qui l’encerclent. Kri vole à son secours en quelques acrobaties, repoussant les assaillants à coups de pieds et de lance. Tengrim et Rka se chargent de tenir en respect la troupe des gnolls qu’ils taillent en pièces méthodiquement. Arias en revanche se glisse prudemment jusqu’au centre du village pour avoir une image plus complète du champ de bataille. Ildur le rejoint en quelques enjambées, abattant gnolls et dretchs de ses flèches au passage. Le shoosuva saisit alors le mastiff entre ses crocs pourrissants. Les pleurs pitoyables de l’animal émeuvent le ranger qui dégaine ses poignards pour venir le sauver. Kri bondit également vers la hyène démoniaque en comptant sur Tengrim et Rka pour continuer à tenir les dretchs à distance. Malheureusement ceux-ci restent bloqués par la presse des gnolls et ils ne peuvent qu’assister impuissants à la mort entre les mâchoires des démons de l’innocente qu’ils devaient protéger. Rka laisse le soin au nain d’en finir avec la piétaille de Yeenoghu qu’il laisse derrière lui pour pouvoir entourer les hezrous d’un motif hypnotique avant que les gonds de la porte du temple sur laquelle ils s’acharnent ne cèdent. Cette manœuvre laisse le temps à Ildur d’achever le Shoosuva en lui enfonçant ses lames dans les orbites, avant de se tourner vers le démon batracien qui a résisté au sort du paladin. De sa position stratégique, Arias alerte ses compagnons sur la nouvelle menace qui s’apprête à surgir. Un démon à tête de gnoll et corps de serpent fauche de ses six bras une foule de villageois paniqués dont il se délecte de la terreur. Kri et Rka se portent immédiatement à sa rencontre, bien décidés à ne plus laisser aucun innocent périr devant eux. Le moine doit s’y reprendre à deux fois pour étourdir le démon mais il y parvient tout de même au prix d’un terrible effort, ouvrant au drakéide un boulevard dans la garde autrement infranchissable du fiélon. Rka plonge sa rapière dans sa gueule pour y libérer une explosion d’énergie divine qui pulvérise littéralement le démon à six bras. Les pauvres gens que ce dernier poursuivait trouvent refuge derrière Tengrim qui, pour faire face à la nouvelle vague de gnolls qui se jette sur eux, fait apparaître à ses côtés la garde spectrale de Mithril Hall qui forme un rempart impénétrable autour des villageois. Malheureusement parmi les assaillants se trouvent aussi des soldats de la garde du crépuscule de Berdusk rendus fous par l’ichor démoniaque qui les recouvre. Arias et Ildur les ignorent pour se concentrer plutôt sur l’hezrou que le ranger éventre après que le chasseur de mage l’ait enfermé dans une cage de tonnerre. Les gardes déments se ruent sur les villageois les plus proches pour assouvir leur soif de violence mais ne parviennent qu’à se briser sur la défense des esprits gardiens de Tengrim. 


Yeenoghu



Tandis que le nain et le ranger se débarrassent du barlgura qui menait les renforts démoniaques, l’ombre d’un vrock fend les cieux. Kri et Rka ne faillissent pas en entendant son hurlement paralysant mais alors que le moine bondit pour agripper les ailes de vautour du démon, il se rend compte avec horreur que son cri n’était que l’annonce de l’arrivée du seigneur de la horde, l’avatar de Yeenoghu en personne. Le prince démon titanesque se rue vers les héros, ignorant l’éclair qu’Arias lance de sa baguette de foudre comme si c’était une piqûre de moustique. Les boules hérissées de pointes de son gigantesque fléau frappent Rka de plein fouet en le propulsant à travers les murs d’une masure en flamme. Le paladin ne s’en relève pas. Tandis qu’Arias achève le vrock, Kri défie Yeenoghu à son tour mais ses coups sont dérisoires face à la puissance du prince démon. Le moine tombe à son tour. Ildur et Tengrim sont les suivants sur la liste. Les deux formidables guerriers ne tiendront pourtant pas longtemps eux non plus. Ildur ne doit son salut qu’au bouclier de la foi que Rka érige devant lui après avoir été ramené à la conscience par la magie d’Arias. Le sursis n’est que de courte durée et déjà le fléau tournoie pour balayer les fous qui ont osé se mettre sur son chemin. Rka sent sa détermination faiblir et alors qu’il tourne les talons pour se réfugier dans le temple, il voit une intense lumière blanche apparaître à l’horizon et prendre la forme d’un ange immense à la double paire d’ailles qui pique droit vers Yeenoghu. Sa fabuleuse épée d’argent transperce le prince démon et l’envoie rouler à travers les décombres du village. Vaincu, il s’enfuit en laissant derrière lui une odieuse traînée d’ichor. Sa horde se retrouve aussitôt en déroute devant la charge des chevaliers de la croisade dont les lourds destriers piétinent les gnolls et les démons qui tardent à s’enfuir.

 




Zariel reprend une taille presque humaine pour se poser devant les héros. Elle les félicite d’avoir osé braver le danger incommensurable que représente Yeenoghu pour tenter de sauver le village. Alors qu’elle leur parle, ses quatre généraux viennent se poster derrière elle. Yael, Haruman, Olanthius et Jander Sunstar dévisagent les aventuriers, leurs visages fermés, tendus, comme si le sort du monde dépendait des réponses qu’ils donneront aux questions que l’archange pose maintenant :

 

« Êtes-vous prêts à vous joindre à ma croisade ? Êtes-vous prêts à tout sacrifier pour combattre l’engeance des abysses ? Êtes-vous prêts à renoncer à tout ce qui compte pour vous pour faire triompher le bien ? »

 

 


mercredi 28 avril 2021

La Rage de Trantolox

 


Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 11

 

Avec

 


Tengrim Copperplate, Le nain qui maîtrise les techniques de combat dans les tunnels

 

Kri Shanu, Le moine qui trouve un adversaire plus coriace que d’habitude

 

Balak Charon Taâl dit le Crinti, Le demi-drow qui se liquéfie littéralement


Ildur Main d’Airain, Le ranger qui retrouve le silence dans son esprit

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide qui chasse les démons au nom de son dieu

 

 

 

Les révélations d’Alazub ont donné du grain à moudre aux aventuriers qui pèsent le pour et le contre d’une éventuelle négociation avec l’un ou l’autre des démons qui règnent sur les tunnels. Contemplant ce spectacle avec dédain, le Crinti finit par annoncer que le quart d’heure de libre arbitre de ses compagnons est écoulé et qu’il s’agit maintenant de suivre le plan qu’il a mis au point. Avec l’aide de Tengrim et Rka, il se barde de toutes les auras possibles pour augmenter son apparente puissance, puis d’un pas assuré il s’approche des bulezaus encore occupés à faire pourrir leur infâme tambouille. Sa voix amplifiée par magie lui donne une prestance menaçante que les postures martiales des héros qui le suivent ne font que renforcer. Son aplomb est tel que les démons le confondent avec un émissaire de Grazz’t, prince démon connu pour employer des mortels parmi ses serviteurs, venu traiter avec la horde de Yeenoghu. Ils sont cependant surpris que l’elfe noir réclame à s’entretenir avec Vitalan plutôt qu’avec Trantolox. Mais le Crinti balaye avec autorité leurs doutes et Garrox, le bulezau qui semble être le chef de cette répugnante troupe, consent à le mener au démon d’ombre. Il envoie tout de même un des ses sbires prévenir le nalfeshnee de l’arrivée des aventuriers mais il est très vite rattrapé par Ildur qui l’égorge en toute discrétion pendant que le Crinti détourne l’attention de Garrox.

Garrox le bulezau


Vitalan est tout occupé à superviser un troupeau de dretchs qui s’amoncelle contre le fond de la galerie qu’ils creusent en dévorant les lambeaux du furoncle qu’ils arrachent de leurs épaisses griffes. Ce régime a pour particularité de décupler leur tendance aux flatulences, ce qui rend l’atmosphère quasiment irrespirable autour du chaotique chantier d’excavation. S’en est trop pour Kri qui sent son estomac remonter dans sa gorge pour protester contre cette odeur pestilentielle qui représente l’antithèse de l’obsession de la propreté du moine. Quoiqu’il ne soit pas dupe de la fausse identité sous laquelle Garrox présente les héros, Vitalan accepte de les recevoir. Il congédie le bulezau et une fois certain d’être à l’abri des oreilles indiscrètes, il entame une brève négociation avec les héros qui lui font conclure que les aider sera le plus sûr moyen de frustrer les ambitions de Trantolox. 

Vitalan


Il fouette ses dretchs pour enfin les lancer dans la bonne direction et mettre à jour l’entrée de la citadelle. Leur labeur est achevé en quelques heures mais quand le premier démon touche la porte d’or qu’ils ont libérée, il se retrouve vaporisé par un soudain afflux de lumière céleste. La stupidité des créatures suffit pourtant à leur faire ignorer le danger et les uns après les autres ils se sacrifient pour dégager le passage pour les héros. Ils sont encore une dizaine à œuvrer quand un grand vacarme survient du tunnel derrière eux. Trantolox, prévenu par Garrox, a finalement découvert les manigances de son second et il accourt, tout écumant de rage, pour lui faire passer le goût de la trahison en lui promettant un brutal démembrement. La porte est encore bloquée et les héros se rendent compte qu’il va falloir tenir un moment contre la clique du nalfeshnee avant de pouvoir se réfugier dans la citadelle. Kri se jette le premier dans la mêlée mais ses coups ne parviennent pas à étourdir le massif démon à tête de sanglier. Les flèches d’Ildur ne se montrent pas plus efficaces en se perdant dans les bourrelets du monstre adipeux. Tengrim tient le flanc droit à lui seul, appliquant les techniques de combat dans les tunnels de la garde de Mithril Hall pour bloquer la progression du bulezau et de l’hezrou qui se bousculent devant le rempart infranchissable de sa hache. Rka puise dans ses dernières ressources magiques pour briser l’élan des démons mais ni ses flammes vertes ni sa boule de feu ne suffisent à en venir à bout. Ildur parvient à sortir son bouclier juste à temps pour encaisser l’assaut du Barlgura qui se laisse tomber sur lui depuis le plafond. Les poings massifs de la bête tambourinent avec furie contre l’acier pour enfoncer le ranger dans le sol. 

Trantolox


Kri se trouve lui aussi en difficulté face à Trantolox dont les défenses lui ont gravement lacéré le flanc. La douleur et la nausée se conjuguent pour troubler le flot du ki du moine qui ne parvient toujours pas à étourdir son adversaire. Le Crinti se retrouve quant à lui face à Garrox dont il esquive la lame rouillée avec facilité tandis qu’il coordonne les mouvements de ses compagnons. Grâce à ses consignes, Ildur parvient à se mettre à distance du barlgura pour le cribler de flèches. Rka brandit alors au-dessus de lui le symbole sacré de Bahamut et invoque le nom du père des dragons pour chasser les fiélons qui les entourent. Le flot de lumière argenté qui se déverse est si aveuglant que même le puissant nalfeshnee est saisi d’effroi et c’est aussitôt la débandade. Ildur éventre le barlgura tandis que Tengrim et Kri abattent l’hezrou et que Rka achève le malheureux Garrox d’une lame tonnante.

Les dretchs aussi ont été chassés par la lumière divine et les héros doivent terminer leur besogne avant que Trantolox ne revienne à la charge. Les massifs montants d’or sont sculptés à l’effigie de Zariel du temps où elle faisait encore partie de l’ost céleste. Ses mains tendues semblent inviter les héros à entrer et Tengrim saisit fermement les anneaux pour ouvrir largement la porte d’où se déverse une lumière bienfaitrice pour la plupart des héros, sauf pour deux d’entre eux. Ildur tout d’abord hurle de douleur en se saisissant la tête à pleines mains, les rugissements infernaux de Tiamat semblent décuplés alors qu’ils se débattent face à l’influence bénéfique de la citadelle qui veut les chasser de l’esprit du ranger. Mais la lutte est trop intense pour un fragile esprit humain et Ildur sombre dans l’inconscience. Pour le Crinti l’effet est encore plus terrible car la forme du demi-drow fond littéralement sous la lumière, il hurle de douleur alors que sa peau se liquéfie pour révéler sous ses oripeaux maléfiques le visage d’un autre personnage qui partagea la route des héros du nord, le bon frère Démétrius Salazar.



Les héros n’ont guère le temps de s’appesantir sur cette étonnante métamorphose car déjà ils entendent les démons qui reviennent. Tengrim prend Ildur sur son épaule et tous ensemble ils pénètrent dans le grand hall de la citadelle. Les immenses colonnes sont ornées de figures angéliques toutes à la gloire de Zariel et sous la grande coupole se tient un large rocher dans lequel est plantée une grande épée irradiant de puissance céleste. Rka fait un pas pour s’en saisir mais apparaît alors devant lui la silhouette éthérée d’une femme au visage triste dont le harnois porte le blason de la croisade de Zariel. Les héros reconnaissent ainsi Yael, la générale de l’archange qui avait ramassé son épée au moment de sa chute. Elle a l’air épuisé mais en les voyant son regard s’anime et elle s’adresse à eux : « j’ai tellement attendu votre venue, puissiez-vous vous montrer digne de mes espérances ! »

Sur ses mots, un éclair aveuglant englobe les aventuriers et ils se sentent transportés très loin au-delà des frontières de l’espace et du temps.

dimanche 21 mars 2021

Les Révélations d’Alazub

 


Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 11

 

Avec

 


Tengrim Copperplate, Le nain qui trébuche sur le Crinti

 

Kri Shanu, Le moine qui donne sa parole d’honneur

 

Balak Charon Taâl dit le Crinti, Le demi-drow dont l’âme est de plus en plus noire

 

Ildur Main d’Airain, Le ranger qui a une vilaine rougeur sur la joue

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide qui préférerait ne pas pactiser avec les diables

 

 

Les héros s’enfoncent dans le dédale chaotique des tunnels creusés par les griffes des démons autour de la citadelle. L’expérience est particulièrement déroutante pour Tengrim dont les sens innées de nain pour s’orienter dans les passages souterrains sont confrontés à l’absurdité totale du tracé des galeries qui s’égarent dans des détours sans queue ni tête qui finissent dans des culs-de-sac à l’opposé de la grande porte qu’ils sont censés mettre à jour.

En procédant par élimination, il parvient malgré tout à identifier deux chemins potentiels vers la base de la forteresse enfouie. Le premier exhale une insupportable odeur de charogne et les amène à un étrange conciliabule de cuisinier démoniaques à têtes de chèvre qui débattent du niveau de putréfaction correcte des cadavres nécessaire à la délectation de leur chef, un certain Trantolox. L’atmosphère de pourriture est si intense qu’elle fait apparaître des dartres sur la joue d’Ildur qui s’était approché en toute discrétion pour épier la scène. Le risque de la contagion fait hésiter les aventuriers sur la conduite à tenir. Ces tergiversations excèdent le Crinti qui est poussé vers ses penchants les plus noirs par l’influence néfaste de miasmes sanglants dans lesquels il patauge. Avec un commentaire particulièrement méprisant pour leur pusillanimité, il force la décision en s’engageant sans attendre sur le second chemin d’où leur parvient un réconfortant bourdonnement. A mesure qu’ils approchent, l’effet anesthésiant des vibrations s’amplifient. Celles-ci sont produites par le battement des ailes de trois chasmes, démons aux allures de mouches géantes, qui rampent au plafond d’une grotte au fond de laquelle est enchaîné un diable qui semble encore vivant malgré les horribles tortures qu’il a subies. 

Un Hezrou


L’entrée de la caverne est gardée par deux brutes aux allures batraciennes qui trompent leur ennui en pratiquant un jeu idiot qui consiste à lancer des lambeaux de charognes le plus fort possible vers la gueule de l’autre pour parvenir à lui faire mal avant qu’il ne gobe le projectile. Les héros leur tombent dessus avec une brutalité extrême. Le premier hezrou est jeté à terre par le déluge de coups de Kri. Il est encore roulé en boule au sol quand Tengrim vient mettre un terme définitif à ses pathétiques coassements en lui enfonçant Jotunbane dans le crâne. Le second est déjà criblé des flèches qu’Ildur a ajusté en suivant les consignes du Crinti et Kri lui plonge profondément sa lance dans les entrailles avant qu’il ne puisse le saisir de ses griffes. Les chasmes fondent sur les héros et ni les flèches du Crinti ni les flammes vertes de Rka ne suffisent à les repousser. Le premier démon plante son rostre démesuré dans le torse de Tengrim qui sent son énergie vitale être aspirée subitement. Les deux autres chasmes s’en prennent à Ildur qui se fait lui aussi transpercer et qui ne doit son salut qu’à une feinte du Crinti qui détourne l’attention du dernier assaillant avant qu’il ne puisse lui aussi se repaître de la vitalité du ranger. A l’issue de son esquive acrobatique, le demi-drow se relève non loin de Tengrim qui, encore chancelant après l’attaque qu’il a subi, trébuche sur son allié au lieu de lancer sa riposte. Heureusement Rka repousse le démon grâce à sa lame tonnante, ce qui permet à Kri de se joindre à la mêlée pour rééquilibrer les chances. 

Un Chasme


A nouveau le Crinti déploie toute sa ruse pour attirer un chasme en position défavorable. Il fait mine de se retrouver sans défense après sa collision avec le nain mais en essayant de le piquer le démon offre sans s’en apercevoir une ouverture béante à Ildur qui y plonge sans hésiter ses terribles coutelas. Ses deux comparses ne tardent pas à le rejoindre dans la mare d’ichor que laisse son cadavre après que Kri les ait étourdis pour laisser le soin à Tengrim et Rka de les achever.

Le fracas du combat s’est perdu dans les galeries sans attirer l’attention des démons habitués à vivre dans une perpétuelle violence. Les héros peuvent donc prendre le temps de s’intéresser au prisonnier que les chasmes maintenaient dans l’inconscience par leur vrombissement hypnotique. Le diable barbelé a été horriblement mutilé, ses épines lui ont été arrachées une à une pour ne laisser qu’un ravage de cratères sanguinolents sur son corps martyrisé. Il répond au nom d’Alazub et se présente comme le légat plénipotentiaire de Zariel qui commandait la légion chargée de surveiller la citadelle. Il leur promet des récompenses mirifiques s’ils le libèrent pour qu’il puisse aller prévenir sa maîtresse du désastre que ses troupes ont subi. La méfiance est de mise du côté des héros qui ne sont pas persuadés qu’appeler Zariel à la rescousse soit une si bonne idée. Mais Alazub parvient à les appâter avec la promesse de leur livrer le secret de l’emprisonnement de Tiamat en plus de leur révéler ce qu’il sait des démons qui cherchent à pénétrer dans la forteresse. Après une âpre négociation, la parole d’honneur de Kri est engagée sur un accord avec le diable. En échange de sa libération, il leur explique donc qu’un nalfeshnee du nom de Trantolox est à la tête des démons et qu’il est persuadé que s’emparer de l’épée de Zariel lui permettra d’assouvir son ambition de s’élever au rang de balor. Mais cet espoir est illusoire puisque seuls des mortels peuvent passer les portes de la citadelle. De plus son second, un démon d’ombre nommé Vitalan, le hait et s’acharne à lui mettre des bâtons dans les roues en guidant ses équipes d’excavations dans les recoins les plus absurdes du furoncle pour repousser l’échéance au plus loin possible. Alazub conseille aux héros de mettre ce temps à profit pour fuir avant que Trantolox ne s’empare d’eux. Quant au secret de Tiamat, il tient selon lui à un coup de génie d’Asmodée qui a réussit à la duper en l’enfermant dans un mariage qui lui cède la moitié de l’Avernus tout en la verrouillant par contrat dans la prison dorée de son nouveau domicile conjugal. Tiamat est indissociable de son domaine divin et celui-ci est fermement ancré autour de la porte de Dis, tout le poids des enfers pèse désormais sur elle et l’empêche de prendre son envol vers la liberté.

La Porte de Dis


Alazub a tenu sa part du marché et les héros tiennent eux aussi leur promesse en le laissant partir. il ne leur reste plus qu’à décider de leur prochain mouvement, en sachant que maintenant le temps est compté avant que des renforts diaboliques ne viennent reprendre le contrôle du Furoncle et remettre la citadelle sous clé.

mercredi 3 février 2021

La Citadelle Purulente

 



Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 11

 

Avec

 


Tengrim Copperplate, Le nain qui communie avec la citadelle

 

Kri Shanu, Le moine qui cueille les démons en plein vol

 

Balak Charon Taâl dit le Crinti, Le demi-drow qui fait une cible mortellement dangereuse


Ildur Main d’Airain, Le ranger qui plonge dans le cœur des démons

 

Faerdhallarlasar "Rka" Muulkennirrhialiandeth, le drakéide à la lame de flammes vertes

 

 

 

Le navire du capitaine Gideos quitte les rives écarlates du Styx pour s’enfoncer dans un marais sanglant qui s’évase autour d’une colline boursoufflée d’où suintent des cascades de pus. La chaudière secouée de tremblements de plus en plus intenses finit par rendre l’âme à quelque distance du Furoncle. Les dômes immaculés de la forteresse céleste affleurent encore au sommet du bubon titanesque qui l’avale peu à peu en déployant ses filaments de chair tel un lierre rosâtre le long des murailles marmoréennes. 



Ses pentes enkystées trempent dans un mélange immonde de sang caillé et de pus dans lequel on s’enfonce jusqu’aux genoux. Pour compléter ce répugnant tableau, un véritable charnier recouvre les moindres parcelles de terres émergées. Les têtes arrachées de diables en tout genre sont plantées sur des piques gravées des symboles impies de Yeenoghu, le prince démon vénéré par les gnolls les plus sauvages. Entre les flaques d’ichor démoniaque iridescentes, des meutes de hyènes hilares se repaissent des charognes, enfouissant leurs museaux ensanglantés dans les plastrons déchiquetés des légionnaires infernaux qui étaient chargés de défendre l’accès à la citadelle purulente. Dabo le quasit apparait pour saluer le massacre d’un sifflement admiratif. Il confirme que c’est bien la horde de Yeenoghu qui a surgit du Styx pour accomplir ce carnage. Le mélange immonde dans lequel il faut patauger pour arriver jusqu’à la colline a des effets délétères évidents, l’ichor démoniaque et les humeurs infernales se combinant pour corrompre tant le corps et que l’esprit de ceux qui les traversent. Plutôt que de courir ce risque, les héros choisissent d’utiliser les chaloupes des Bloodreavers pour arriver jusqu’au pied du Furoncle en voguant à la surface du marais. Le trajet se fait rapidement sous le regard indifférent des troupes de gnolls qui finissent de dépouiller leurs victimes dans les décombres du champ de bataille. La colline semble faite de chair de plus en plus enkystée à mesure qu’on se rapproche du marais, si bien que le bas de ses pentes est presque aussi dur que la pierre. Les aventuriers laissent leurs chaloupes derrière eux et entament l’ascension à pied en essayant de ne pas se faire repérer par les adorateurs de Yeenoghu dont les incantations impies leurs parviennent du sommet. Tengrim tente désespérément de trouver une entrée par les toits de la forteresse mais tous les passages possibles sont verrouillés. Le nain en appelle alors à la sagesse de Clanggdedin pour comprendre pourquoi la citadelle refuse ainsi de s’ouvrir pour eux. Par cette intercession divine, il découvre que l’âme qui soutient les murailles célestes est à bout de force. Une profonde tristesse l’envahit à l’idée de faillir à la mission qu’elle s’est confiée de préserver l’épée de Zariel des griffes démoniaques qui l’assiègent. La citadelle s’est donc recroquevillée sur elle-même pour tenter de prolonger encore un peu sa résistance et il ne reste plus qu’une seule entrée sur laquelle elle concentre ses dernières défenses, la grande porte qui se trouve enfouie sous les tonnes de chair immonde que l’Avernus a dressé contre la forteresse et que les démons sont en train d’essayer d’excaver. Pendant que Tengrim communie avec la citadelle, le Crinti s’essaie aussi à l’exercice en se collant à un vitrail pour discerner ce qui se cache derrière l’éblouissante lumière qui en émane, mais au lieu du rassérénant sentiment de compassion qu’éprouve son compagnon, le demi-drow n’en retire qu’une sévère réaction allergique là où ses paumes se sont appuyées contre le verre indestructible. Il efface rapidement le rictus de douleur qui l’a saisi avant que les autres aventuriers ne s’aperçoivent de son inconfort et il reprend sa place parmi eux pour écouter le nain rendre ses conclusions. Ils n’ont d’autre choix que de s’enfoncer dans les tunnels creusés par les griffes et les crocs des démons pour tenter de retrouver dans ce dédale un accès à la porte de de la forteresse. Mais le seul point d’entrée est justement le lieu où se réunissent les gnolls pour vénérer la grotesque idole de Yeenoghu qu’ils ont érigée au sommet du Furoncle. Les aventuriers n’ont plus les ressources magiques qui leur permettraient de passer inaperçus au milieu de la foule et ils doivent se résoudre à recourir à la force pour gagner les souterrains.

Les hommes-hyènes se gorgent des lambeaux des diables vaincus au rythme des rires sauvages des charognards dont ils sont l’image et qui se pressent entre leurs jambes. Au pied de la statue grossière qui figure leur prince démon tutélaire, un gnoll colossal crache ses incantations sous le regard vicieux d’une bête immonde, croisement d’hyène géante et de manticore au pelage malade. 

le shoosuva


C’est sur elle qu’Ildur aligne ses premières flèches tandis que le Crinti libère une boule de feu d’un de ses parchemins pour carboniser une bonne partie de l’assistance et que le motif hypnotique de Rka paralyse les quelques survivants dans une hébétude forcée. Kri et Tengrim chargent alors pour éliminer au plus vite tous ceux qui tiennent encore debout avant que le massif Croc de Yeenoghu qui menait la cérémonie et son dévoué Shoosuva ne puissent contre-attaquer. Mais leur assaut n’est pas totalement passé inaperçu et un des Vrocks qui tournoient dans le ciel au-dessus du champ de bataille plonge vers eux en poussant un cri suraigu qui manque de les étourdir. Kri réagit aussitôt et d’un bond prodigieux il va agripper l’aile du démon avant qu’il ne puisse reprendre son envol et le force à atterrir devant Tengrim qui abat aussitôt Jotunbane en travers de son bec crochu. Mais avant qu’il l’achève, un deuxième Vrock se joint à la mêlée, puis un troisième et les flèches d’Ildur et de Rka ne les dissuade pas de hurler à nouveau. S’en est trop pour le Crinti qui s’écroule sous la douleur, devenant une proie facile pour le shoosuva qui se glisse jusqu’à lui pour le transpercer de son dard. Mais c’était sans compter sur l’instinct de survie hors norme du demi-drow qui du fond de son évanouissement parvient miraculeusement à esquiver les crocs acérés qui allaient le déchirer, gagnant ainsi assez de temps pour que ses compagnons se portent à son secours. Rka interpose sa rapière nimbée de flammes vertes entre le barde et la bête tandis qu’Ildur a dégainé ses poignards pour égorger le Croc de Yeenoghu avant qu’il puisse sortir de l’emprise hypnotique qui le tient encore. Kri de son côté perfectionne sa technique de capture de Vrocks dont il parvient à bloquer les ailes dans une clé de son invention qui lui permet de les forcer à s’écraser la tête la première devant Tengrim qui, faisant fi des spores méphitiques que les démons à tête de vautour crachent des glandes qui enflent leurs longs cous, les maintient au sol de sa poigne ferme. Ildur le rejoint et prenant son élan plonge les lames en avant dans le torse d’un vrock pour l’occire. Kri termine le travail en brisant la nuque du dernier démon entre ses jambes. Seul le shoosuva est encore aux prises avec Rka qui le tient hors de portée du Crinti en plongeant son épée profondément dans son flanc. Le demi-drow a cependant eu le temps de reprendre ses esprits et une lueur de malice cruelle éclaire son œil quand lui vient une idée particulièrement humiliante d’en finir avec la bête. A nouveau il se présente comme s’il était totalement sans défense et la tentation pour le monstre d’accomplir au moins un meurtre avant d’expirer est irrésistible. Il s’ébroue pour relâcher l’étreinte du drakéide et abattre son dard suintant de venin sur le torse de sa victime, mais le Crinti, par une feinte dont il a le secret, exploite le trouble de la créature agonisante qui s’enfonce son propre aiguillon dans le crâne, payant ainsi d’une mort ridicule son audace d’avoir voulu s’en prendre au demi-drow.

La voie est libre pour accéder aux tunnels et les héros s’y précipitent avant que d’autres démons ne flairent l’odeur du carnage, disparaissant dans l’obscurité poisseuse des galeries taillées dans la chair sanguinolente de la colline.