mercredi 5 décembre 2018

Et l'hiver ne connaîtra plus que la glace 



Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 7

Avec


Icham Andeth Alammar, le barde qui négocie à tour de bras 

Ildur Main d’Airain, le ranger à l'esprit vacillant

Finnlay Galindan, le druide qui a l'air bien appétissant pour les bêtes sauvages 
Tengrim Copperplate, le nain qui rachète l'honneur de son peuple




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Le calme est revenu à Bryn Shander. À la brève euphorie de la victoire a succédé le silence du deuil. Au milieu des décombres, on compte les morts qui sont nombreux. Les vieilles inimitiés entre les gens des Dix-Cités et les barbares paraissent futiles après que la plupart des guerriers de l'élan aient donné leurs vies pour sauver la ville. Le visage de la farouche tribu de Jarund est désormais celui de ses femmes et de ses enfants et il n'est plus si différent de celui des civils éplorés qui s'assemblent autour des mêmes bûchers funéraires. 
Les nains aussi ont payé un lourd tribut et leurs morts semblent devoir être privé du repos qu'ils méritent aux côtés de leurs ancêtres. Mais Tengrim ne l'entend pas de cette oreille et il convainc Stokely de le laisser aller réclamer une place dans les cryptes de la vallée des nains à Baerick Hammerstone. 
De son côté Icham intrigue auprès de Chaldos Vedriga pour que les héros soient désignés comme ambassadeur auprès de Targos où ils ont encore un certain nombre de comptes à régler avec Vaelish Gant et Slim. Le Zhentarim leur confie une missive officielle offrant le soutien de ses mercenaires pour aider la ville à se remettre des épreuves des derniers mois et conviant le porte-parole de Targos au prochain conseil extraordinaire que Duvessa Shane va convoquer pour discuter de l'avenir du Valbise.  

Hengar, Vaelish Gant, Hedrun, Baerick Hammerstone et Akar Kessel

Les aventuriers arrivent aux portes de Targos dans l'après-midi mais l'accueil qui leur est réservé est des plus froids. Les mercenaires des trois lances à l'air morose qui tiennent la poterne reconnaissent sans difficulté les hommes qui ont tué leur capitaine et il faut toute la persuasion d'Icham pour qu'un officier soit finalement appelé. C'est un certain lieutenant Jerod qui se présente. Il leur confirme que Vaelish Gant a spécifiquement ordonné qu'on leur interdise l'accès, mais il leur révèle également que les consignes du marchand ont bien moins de poids depuis que la solde a été divisée par deux après avoir fui Bryn Shander. L'officier est ainsi très intéressé par ce que le barde a à proposer, surtout s'il y a un recrutement mieux payé par le Zhentarim à la clé. Une rapide négociation donne mandat à Icham pour garantir les meilleures conditions possibles aux mercenaires une fois qu'ils auront retourné leur veste. En échange, le lieutenant les accompagne lui-même jusqu'à la riche demeure où Gant et sa clique de rats garous se sont installés. Il fait même encercler le quartier par des hommes munis de piques et de filets pour pouvoir capturer d'éventuels lycanthropes en fuite à défaut de pouvoir les tuer. 
Icham s'avance et tambourine à la porte. Son boucan attire l'attention de Slim qui passe la tête depuis la fenêtre de l'étage pour voir qui ose faire un tel ramdam devant la demeure du premier conseiller. Son incrédulité à la vue des héros se mue en inquiétude tandis qu'il ignore les invectives du barde pour scruter les rues alentour. Il fronce les sourcils en apercevant les hommes qui encerclent le quartier et disparaît à l'intérieur sans un mot de plus. Voyant que le temps des palabres est passé, Icham crochète en un tour de main la serrure de l'épaisse porte et les héros investissent les lieux à sa suite. Devant eux les rats garous détalent comme des lapins et disparaissent dans les trous du plancher aussi vite qu'ils le peuvent. Slim lui-même s'est envolé depuis bien longtemps quand ils arrivent à l'étage. Les seuls signes de vie qui subsistent proviennent de l'étude de Vaelish Gant. Ildur s'y précipite et surprend le marchand qui tente désespérément de remplir une sacoche de pièces d'or. Il ne lui laisse pas l'occasion de saisir son bâton et saute par-dessus le bureau pour clouer sa main à la table avec un de ses poignards. Hurlant comme une fillette, le marchand crie à la méprise en jurant qu'il n'est pas celui qu'il semble être. Déjà intrigué par l'incapacité de ses sorts à identifier clairement le bâton de Gant, Finnlay invoque une dissipation de la magie sur l'homme dont les traits s'estompent pour révéler un visage poupin qu'aucun d'eux ne reconnaît. Tremblant et reniflant, l'imposteur leur explique que Vaelish Gant est parti depuis longtemps et qu'il l'a grassement payé pour jouer son rôle afin de ne pas attirer les soupçons d'éventuels poursuivants. L'homme n'en sait pas plus sur les plans du marchand et n'a jamais entendu parler du culte du dragon. Il n'est qu'un homme de paille et c'est Slim qui devait rester en arrière pour garder la main mise sur Targos. Mais le rat garou a maintenant lui aussi déguerpi et la fouille de la maison ne révèle rien de plus. Pendant que ses compagnons mettent la main sur le magot que Slim a abandonné derrière lui, Finnlay laisse vagabonder son regard sur l'horizon au-dessus du lac. Un détail l'intrigue sur la rive opposée, il plisse les yeux pour être bien sûr que ses sens ne l'abusent pas, mais ce qu'il voit n'est pas une hallucination ; il neige bel et bien sur Bremen et nulle part ailleurs. Ildur lui confirme qu'un tel phénomène ne peut en aucun cas être naturel et les aventuriers décident donc d'aller sur place pour voir de quoi il en retourne.


La journée tire déjà à sa fin quand ils embarquent sur un bateau de pêcheur pour rejoindre Bremen. Ils y arrivent dans les derniers vestiges du crépuscule et alors qu'ils longent les quais de la ville abandonnée, ils voient que des formes massives les observent depuis l'abri de l'obscurité. Ildur croit bien reconnaître les créatures et lorsqu'il croise l'éclat bleuté du regard de l'une d'elles, il n'a plus de doutes, ce sont bien des yétis qui infestent les rues enneigées de Bremen. Renonçant à accoster au milieu des bêtes, les héros tournent leur attention vers le minuscule îlot au milieu de l'embouchure de la Shaengarne. Une petite bicoque délabrée s'y trouve cachée sous une épaisse végétation. Alors qu'ils accostent sur la berge couverte de neige, Ildur lève les yeux vers le ciel et constate que le tourbillon de flocons qui en tombe semble être centré sur la modeste masure. Un soudain pressentiment monte en lui et un frisson l'arrête dans ses pas comme il imagine le pouvoir de ce qui peut les attendre à l'intérieur. Icham et Tengrim eux ne s'embarrassent pas d'autant de précaution et monte au petit trot vers la cabane. Le barde frappe à la porte qui s'entrouvre dans un grincement. L'intérieur est sombre et silencieux. Dans un coin les cendres noires d'un âtre depuis longtemps froid se sont renversées jusqu'au pied d'une chaise bancale sur laquelle est recroquevillée le corps chenu d'une très vieille femme. L’insoutenable odeur de la mort qui arrive flotte autour d'elle. Icham l'interpelle timidement en entrant dans la pièce et elle tourne en silence ses yeux aveugles vers lui. Les politesses du barde ne semblent éveiller aucune réaction mais quand Tengrim le coupe pour lui dire qu'ils sont venus chercher de l'aide pour se débarrasser d'Akar Kessel, ses sourcils tressautent de manière presque imperceptible et un éclat métallique étincelant attire l'œil des héros vers les braises éteintes du foyer. Ils ne détournent le regard qu'un bref instant mais celui-ci suffit pour que la vieillarde se volatilise sans laisser de traces. Tengrim fouille la cheminée et extirpe des cendres un anneau très simple, ne portant nulle inscription et fait d'un étrange métal blanc brillant que le nain ne parvient pas à identifier. Icham qui se veut pourtant un expert en bijoux ne reconnaît pas plus la matière mais la forme épurée de la bague ne laisse pas de doute pour lui, il s'agit d'une alliance.


De son côté, Finnlay, intrigué par la présence incongrue des yétis, décident d'aller les voir de plus près. Il invoque un aigle géant qui l'emporte sur son dos jusqu'à Bremen. Les créatures suivent son vol en silence, sautant de toit en toit sans le lâcher des yeux. Finnlay se pose non loin d'eux, bien décidé à essayer de communiquer avec les bêtes pour en apprendre plus. Malheureusement pour lui, avant de pouvoir émettre la moindre parole, il croise le regard glacé d'un des monstres. Aussitôt ses membres se raidissent, un froid surnaturel le paralysant totalement. Sentant leur proie à leur merci, les yétis bondissent pour se saisir de lui. Heureusement l'aigle effrayé par les prédateurs s'envole aussitôt, épargnant un bien triste sort au druide qui l'a convoqué. 
Désormais convaincus qu'il n'y a rien de plus à trouver à Bremen, les aventuriers repartent vers Targos. Durant les quelques heures qui se sont écoulées depuis leur départ, la rumeur de leur coup de force contre Slim s'est répandue en ville et c'est toute une populace joyeuse qui les attend sur le port. Aux premiers rangs des acclamations, ils retrouvent Shaelen Masthew et les gens de Termalaine qui les portent littéralement vers la chaleureuse soirée qu'ils ont prévu en leur honneur. Le récit de leurs derniers exploits ravit l'assemblée et tous sont impatients de répondre à l'invitation au conseil que les héros ont apportée et d'enfin pouvoir penser à l'avenir du val avec optimisme. 


Le lendemain ils sont de retour à Bryn Shander où Chaldos Vedriga et Duvessa Shane sont on ne peut plus satisfait des initiatives d'Icham pour libérer Targos de l'influence de Vaelish Gant.  
Tengrim rejoint les siens pour une dernière veillée funèbre autour des corps des nains tombés pendant la bataille qui ont été préparés pour leur ultime voyage vers leur vallée natale.  
La procession menée par le champion de Clangeddin part à l'aube, suivie du reste des aventuriers. Le temps plus clément que d'habitude leur permet d'avancer particulièrement rapidement sur la route qui mène au Cairn de Kelvin et ils arrivent devant l'immense porte de pierre de la vallée tôt dans la matinée du surlendemain. Tengrim s'avance et d'une voix forte réclame qu'on lui ouvre au nom des traditions ancestrales de son peuple. Contre toute attente, les gardes postés là par Baerick Hammerstone obtempère sans difficulté. Ils tiennent leurs armes de glace noire avec une pointe d'hésitation, la matière elle-même paraît plus terne et aucun d'eux n'ose soutenir le regard courroucé de Tengrim. La tranchante certitude que Baerick allait les mener vers un nouvel âge d'or s'est émoussée depuis quelques jours sans que l'on sache bien pourquoi. Le roi autoproclamé de la vallée lui-même connait les affres du doute et il s'est enfermé dans sa salle du trône avec sa garde personnelle et sa femme. La mention de l'épouse de Baerick assombrit le front de Tengrim quand il devine l'identité de celle-ci. Mais comme tout bon nain, il prend sur lui et redresse la tête pour continuer d'accomplir son devoir. Il donne ses instructions pour que l'on rouvre la chapelle de Moradin où le haut père pourra accueillir l'âme des vaillants nains qu'il ramène. Les cryptes censées recevoir les corps devront elles aussi être remises en état après les profanations qu'Akar Kessel leur a fait subir. Peu à peu le mot est passé d'un bout à l'autre de la vallée que l'on va rendre hommage à ceux qui se sont sacrifier pour l'honneur du clan Battlehammer. Ce sont bientôt des dizaines de nains qui s'assemblent autour des héros, prêts à entendre la parole sacrée de Clangeddin qui parviendra peut-être à dissiper le lourd sentiment de culpabilité qui étreint le cœur de ceux qui ont si injustement tourné le dos à leurs serments envers Stokely Silverstream. 


La veillée dure toute la nuit, les lignées des morts sont égrenées et leurs hauts faits rappelés tandis que tous prient les dieux avec une ferveur que la vallée n'a pas connue depuis bien longtemps. Au matin, les dépouilles partent rejoindre leurs aînés dans leur dernière demeure profondément sous la montagne et Tengrim réveille ses compagnons pour aller en finir une bonne fois pour toute avec la folie de Baerick Hammerstone. 
Mais ce dernier se cache derrière la massive porte de pierre de sa forge et refuse de répondre aux injonctions de Tengrim. Les aventuriers sont donc obligés de trouver un moyen détourné d'aller le débusquer en passant par les galeries de mine désaffectées par lesquelles on amenait autrefois le minerai directement à la forge. Le dédale des tunnels est cependant abandonné depuis longtemps et personne ne se sait plus y retrouver son chemin. Heureusement les nains sont un peuple méticuleux et le tracé des mines a été conservé dans leurs archives. Il faut tout de même plusieurs jours pour réussir à reconstituer un plan fiable que les aventuriers puissent suivre. Au hasard de ses recherches, Tengrim fait une autre découverte inattendue puisqu'il retrouve le récit du destin du précédent porteur de Jotunbane. C’est un guerrier du nom de Durro Thuldoun qui en fut le premier possesseur. Elle lui avait été confiée pour défier Storvrik, un fameux chef de clan des géants du froid qui règnait sur le grand glacier, mais son expédition fut un fiasco. Le géant lui infligea une défaite honteuse aux portes des pics de Mkoz et s’empara de Jotunbane comme d’un vulgaire trophée. De ce moment l’orgueil de Storvrik n’en finit pas d’enfler, jusqu’à ce qu’il décide de s’en prendre à Icingdeath, le terrible dragon qui tenait tout le nord de l’épine dorsale du monde pour son domaine. Mais cette fois-ci ce fut au tour du géant de connaitre l’humiliation. Icingdeath le défigura et lui vola tous ses biens les plus précieux dont Jotunbane qui finit par se perdre sous le trésor accumulé par le dragon dans son antre. On dit que Storvrik serait toujours en vie et règnerait toujours sur son royaume d’Uldoveld où il rumine encore sa défaite. Grâce à ces révélations, Tengrim sent que son lien avec sa hache se renforce et que Clangeddin lui-même compte sur lui pour laver l'honneur bafoué de l'arme qui lui est consacrée. 
Malgré la précision de la carte qu'ils ont reconstituée, le trajet à travers les tunnels reste périlleux. Montés sur de solides wagonnets de mine, ils suivent d'antiques rails qui serpentent sous la montagne dans l'obscurité la plus complète. A chaque croisement, ils craignent de se perdre ou pire de basculer dans un des gouffres qui couturent les souterrains. Mais au bout de plusieurs heures, leurs efforts sont récompensés et ils devinent la lumière rougeoyante de la forge qui illumine le bout du dernier couloir qu'ils empruntent.  

Un garde de glace noire

A bout de patience, Tengrim s'avance au pied du large escalier en haut duquel Baerick a installé son trône. Sur la droite de l'usurpateur, a été hissé un immense miroir de glace noire, encore accroché au bloc de pierre marqué des traces de pioches des carriers qui l'ont arraché à la montagne au fond de l’ancien repaire des verbeegs. De l'autre côté, accrochée au bras de son époux, se tient Helga Silverstream, étincelante de bijoux de glace noire et le regard enfiévré de la même folie que Baerick. Tengrim ne laisse pas ce spectacle altérer sa résolution. Il ordonne au faux roi de la vallée de se rendre et de cesser de bafouer l'honneur de son peuple en s'arrogeant le titre que seul Bruenor de Mithril Hall est autorisé à réclamer. Pour toute réponse, Baerick se lève, excédé de fureur, et jette sa garde personnelle contre l'impudent qui ose le défier dans sa propre forge royale. A ce signal, Ildur rejoint la mêlée et tacle d'une glissade les deux nains bardés de glace noire qui accouraient dans le dos de Tengrim. Alourdis par leurs harnois complets, ils ne se relèvent pas assez vite pour éviter que les mortelles dagues du ranger ne trouvent les défauts de leurs armures pour s'abreuver de leur sang. Brandissant une lourde masse hérissée de piquants, Helga dévale en hurlant les escaliers, accompagnée de deux autres gardes. Finnlay les arrête au milieu des marches en invoquant ses loups sur leur chemin pour les trainer au sol de leurs puissants crocs. Baerick finit alors d'enfiler son casque rutilant de reflets rouge sang dans la lumière de sa forge. Il descend droit vers Tengrim et au passage libère ses serviteurs des loups qu'il décapite d'un implacable moulinet de sa hache de glace noire. Mais quand celle-ci s'abat sur le champion de Clangeddin, elle est bloquée par une Jotunbane rayonnante de faveur divine. Les deux nains se rendent coup pour coup sans parvenir à prendre l'ascendant. Finnlay rassemble alors les vibrantes forces telluriques qui les entourent pour en façonner des chaines de granit qui paralysent Baerick et ses sbires. Au même moment Icham surgit de l'ombre pour poignarder dans le dos Helga qui aurait succombé si la fine cotte de maille qu'elle porte sous sa robe n'avait dévié le coup. 
Tengrim rengaine à contrecœur son arme en voyant son rival ainsi neutralisé et il ouvre grand la porte infranchissable derrière laquelle attendent le reste des nains pour qu'ils puissent eux aussi constater la chute de l'usurpateur. Les héros dépouillent Baerick et ses gardes de leurs armes de glace noire qu'ils jettent dans le bassin de magma qui alimente la forge. Tengrim ordonne aux autres nains de se débarrasser eux aussi de leurs armes maudites, mais l'emprise qu'elles exercent sur eux est trop forte et aucun ne trouve la volonté nécessaire pour obéir. Même s'ils avaient obtempéré, leur geste serait de toute façon resté vain, car malgré la chaleur infernale de la lave qui coule sous la forge, les armes de Baerick refusent de fondre, la glace noire restant toujours aussi indestructible. 
Tengrim commence à croire que malgré tous ses efforts il n'arrivera pas à libérer son peuple du joug d'Akar Kessel. Le silence plane sur son abattement quand il reçoit soudain un signe.  
Icham sort de sa poche l'anneau qu'ils ont trouvé à Bremen pour l'examiner et son scintillement vient se refléter en plein centre du miroir de glace noire. Le barde avance alors prudemment vers la sombre surface sur laquelle il ne voit plus que l'éclat de la bague. Lorsqu'il la touche, ses doigts s'y enfonce comme dans   de l'eau. Il jette un dernier regard en arrière vers ses compagnons puis traverse le miroir. Il retrouve la terrifiante sensation de basculer dans un glacial tourbillon qu'il avait connu lors de leur fuite de la tour d'Hedrun. La chute semble ne devoir jamais finir mais soudain ses doigts se referme sur le tapis de poussière obsidienne qui recouvre à perte de vue le sol du demi-plan d’ombre d’Akar Kessel. Autour de lui ses compagnons se relèvent, encore désorientés par l'expérience. Le ciel est lourd de menaçants nuages noirs dans lesquels roulent de sourds éclairs. A quelques pas devant lui, une silhouette décharnée se découpe dans l'ombre. Elle se retourne et c'est la face blafarde d'Akar Kessel qui lui renvoie son air effaré. 

Akar Kessel

La liche se redresse pour leur faire face, sa stature malingre paraissant pourtant les dominer de toute sa hauteur. Sans lui laisser le temps de s'interroger sur leur présence, le barde passe à l'attaque mais le couteau qu'il lance est dévié par une colonne de glace noire qui surgit du sol. Quatre autres monticules émergent de la poussière et se tordent pour prendre l'apparence exacte des héros et se jeter sur eux. Ainsi aux prises avec leurs doubles de glace noire, les aventuriers ne peuvent briser la concentration d'Akar Kessel qui déchaîne ses obscurs pouvoirs contre eux. Il s'en prend d'abord à Ildur dont l'esprit déjà fragilisé par l'usage répété de ses étranges poignards s'écroule face aux horreurs que la liche y projette. Recroquevillé sur le sol et hurlant de terreur, il ne parvient plus qu'à repousser maladroitement les assauts de son double. Icham et Finnlay dédient eux aussi tous leurs efforts à tenir les créatures de glace noire à distance. Seul Tengrim parvient à écarter son adversaire pour se porter au contact d'Akar Kessel. Mais les coups furieux de Jotunbane sont parés les uns après les autres par les colonnes qui jaillissent du sol aux ordres du mort-vivant. Le nain parvient pourtant à se rapprocher suffisamment pour subir une contre-attaque inattendue d'Akar Kessel qui le saisit à la gorge. Tengrim est terrassé par une insoutenable douleur alors que son sang se mue en glace noire dans ses veines. Il parvient tout juste à implorer l'aide de son dieu dans un souffle et le pouvoir de Clangeddin se déverse en lui, le couvrant d'une brûlante aura divine qui force le mort vivant à relâcher son étreinte. Akar Kessel contemple un instant sa main noircie par le contact du nain et décide qu'il est plus sage pour lui de s'en prendre à une cible plus vulnérable, comme l'enfant frêle qui se débat déjà difficilement face à la noire version adulte de lui-même par exemple. 
En un mouvement il se matérialise derrière le druide pour le saisir par surprise. Mais grâce à ses sens surdéveloppés Finnlay voit venir l'attaque et l'esquive d'une soudaine roulade. Au lieu de transpercer le demi-elfe, les doigts d'Akar Kessel s'enfonce dans son double qui tombe aussitôt en poussière. L'air contrarié du mort-vivant est effacé de son visage par le globe d'acide qui vient y exploser. Ses traits se dissolvent en une cascade de bulles putréfiées et il ne reste plus qu'une expression de pure malévolence dans le regard furieux qui se tourne vers Finnlay. Le druide terrifié s'enfuit aussi vite que ses petites jambes le lui permettent, mais en se retournant il constate avec horreur que sa course n'est qu'un cauchemardesque sur place. Un rictus cruel plaqué sur le visage, Akar Kessel se rapproche lentement de Finnlay, se délectant de son désespoir. Icham est trop loin pour venir à son aide et Tengrim lutte encore pour retrouver ses forces. Seul Ildur est suffisamment proche pour faire quelque chose mais il est lui-même encore sous l'emprise de la peur panique qu'il a éprouvé en croisant le regard de la liche. Le barde déverse alors sur lui un tombereau d'injures jusqu'à ce qu'il trouve le juste dosage d'insultes pour ramener le ranger à ses sens. Ildur reprend brutalement conscience de son environnement et renverse son double qui lui barre le chemin pour sauter poignards en avant vers Akar Kessel. Son attaque porte de justesse, laissant une profonde entaille dans la robe du mort -vivant. Ildur se remet hors de portée d'une roulade et Akar Kessel trébuche sur son vêtement déchiré en essayant de le saisir au passage. Il s'étale de tout son long dans la poussière noire et avant qu'il puisse se relever, Finnlay se retourne pour invoquer de robustes ronces qui l'emprisonnent dans cette position désavantageuse. Ildur se précipite pour planter ses poignards dans la gorge du mort -vivant sans défense, mais quand ses lames s'abattent la liche s'est déjà volatilisée. Son rire malsain se rematérialise juste derrière Tengrim qui titube encore de son précédent supplice.    
Mais le nain brandit devant lui sa fabuleuse hache en invoquant une antique prière de bataille et Jotunbane s'illumine de la divine radiance de Clanggedin. La lumière aveuglante inonde la forme d'Akar Kessel qui se désagrège avec un ultime cri de rage. Les doubles des héros sont également réduits en cendres comme leur créateur et le silence retombe sur la plaine obscure. Les aventuriers reprennent leur souffle en scrutant l'horizon, prêts à toute éventualité. Aucune nouvelle monstruosité ne surgit autour d'eux mais au loin, sur le flanc du reflet du Cairn de Kelvin, une étrange excroissance commence à se former. Il leur suffit de quelques enjambées pour avaler les lieues qui devraient les séparer de la montagne. 
Ils y découvrent un cratère dont une énorme quantité de roches semble avoir été arrachée. Au fond du trou, le corps blanchâtre d'Akar Kessel est en train de se reconstituer, à l'endroit même de sa première mort sur le plan matériel, là où Pallidor l'avait libéré de sa tombe croyant trouver le masque du dragon blanc dans ce lieu de pouvoir où Baerick Hammerstone et ses mineurs avait été engagé par l'aide de camp de Vaelish Gant pour mener à bien les excavations nécessaires à la mise à jour de l'artefact. 
Le mort-vivant se relève en pestant contre les misérables qui ont osé le malmener. Ses os produisent d'horribles craquements en se remettant en place plus vite que les attaques des héros n'arrivent à les briser. Convaincu que leur entêtement à défier la liche les conduit à une mort certaine, Icham se recule, prêt à s'enfuir, mais quand il pivote pour dévaler la pente en quête d'un moyen de quitter le demi-plan, l'anneau de la vieille lui échappe et vient rouler aux pieds d'Akar Kessel, comme mu par une volonté propre. Le mort-vivant contemple l'éclatant bijou avec perplexité alors que tous les aventuriers se figent en retenant leur souffle. Le barde improvise alors en suivant une soudaine inspiration. Il hurle à ses compagnons qu'ils doivent impérativement empêcher la liche de s'emparer de la bague sinon tout est perdu.   Avec un rire cruel, Akar Kessel se penche pour s'emparer de l'anneau. Il le passe à son doigt avec un rictus triomphant qui est presque aussitôt remplacé par une expression de terreur pure. Il se met à hurler de désespoir alors que la forme décharnée de la vieillarde apparaît entre ses bras et que l'étreinte implacable de l'élue d'Auril l'emprisonne à jamais dans une gangue de glace d'une pureté parfaite. Autour d'eux le demi-plan se transforme lui aussi en glace à une vitesse alarmante. Les héros partent dans une course effrénée en direction de la vallée des nains au fond de laquelle ils retrouvent in extremis le miroir par lequel ils sont arrivés.   Ils plongent dedans Sans hésiter et repassent le portail dimensionnel qui les expulse dans la salle du trône au milieu de la foule des nains ébahis. Derrière eux la surface du miroir change d'aspect, le noir d'obsidienne cédant la place à une absolue transparence. Toutes les armes de glace noire des nains s'éclaircissent à leur tour et ils semblent s'éveiller d'un mauvais rêve, enfin libérés de l'influence néfaste d'Akar Kessel. Seul Baerick se lamente encore de la disparition de son maître, son esprit définitivement brisé par le traumatisme de sa servitude. Les héros sont portés en triomphe à l'extérieur où le retour soudain du froid hivernal apporte de gros flocons qui recouvrent peu à peu d'un baume moelleux les meurtrissures des derniers mois. Les aventuriers peuvent enfin goûter à un repos bien mérité avant de devoir reprendre leur route, car si le Valbise est sauvé, les sombres manigances du culte du dragon menacent maintenant la côte des épées et l'aide des héros sera bientôt requise pour s'y opposer. 



mercredi 7 novembre 2018

La seconde bataille de Bryn Shander




Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 7

Avec


Tengrim Copperplate, Le nain à la hache tueuse de géants

Ildur Main d’Airain, le ranger qui ne sait pas voler

Finnlay Galindan, le druide qui subit les effets secondaires néfastes de sa magie



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A cheval sur les montures féériques de Finnlay, les héros partent au galop à travers les rues d'Easthaven d'où se déversent d'innombrables orcs en furie. A chaque intersection la nasse semble se refermer un peu plus et les lames des gobelinoïdes fouettent l'air de plus en plus près à chaque coup. C'est donc l'écume aux lèvres que les coursiers invoqués bondissent par-dessus les derniers monstres qui leur barrent l'accès à la route orientale qui file droit vers Bryn Shander à travers la toundra. 
Les aventuriers se réjouissent de voir  leurs poursuivants fous de rage laissés dans la poussière derrière eux, quand des rangs des orcs qui se pressent au flanc de la colline qui surplombe la route s'avance un des prêtres au front percé d'un énorme éclat de glace noire. Il invoque le nom de son nouveau maître tout en traçant des signes cabalistiques dans l'air et soudain les chevaux se dissolvent entre les jambes des aventuriers qui sont jetés dans la poussière à la vitesse de leur galop si rudement interrompu. Encore sous le choc d'avoir été ainsi désarçonnés ils se relèvent en essuyant la terre de leurs visages pour découvrir avec horreur la cohue des orcs qui se précipitent vers eux. Ildur se rue sans attendre vers la forêt qui s'étend au sud de la route où il espère pouvoir semer les créatures. Il ordonne à ses compagnons de le suivre mais ceux-ci demeurent immobiles, les jambes emprisonnées par des lianes de glace noire surgies du sol gelé. Tengrim saisit Jotunbane pour s'en libérer mais le temps qu'il tranche ses entraves, les premiers orcs sont déjà sur lui. La hache magique du nain taille en pièces vague après vague de ses assaillants mais dès que l'un tombe, deux autres bondissent pour prendre sa place. Sur le point d'être débordé, Tengrim recule alors pour adopter la posture défensive cérémonielle de Clanggedin opposant la forteresse de son sanctuaire à l'avancée des orcs qui l'encerclent sans pour autant pouvoir l'atteindre. 



De son côté Finnlay a dès les premiers instants invoqué des aigles géants à la rescousse, mais voyant les gigantesques rapaces sur le point d'enlever les héros, le prêtre d'Akar Kessel resserre l'étreinte de ses ronces cristallines sur le druide. De cruelles épines glacées commencent à s'enfoncer dans la chair de ses jambes et la douleur fulgurante déclenche une explosion de magie brute dans le corps du jeune demi-elfe dont la violence est telle qu'il en perd l'esprit. Seul son instinct primitif subsiste et il lui intime l'ordre impérieux de fuir au plus vite la horde sanguinaire qui fonce sur lui. Il se transforme alors en un loup monstrueux dont la puissante carrure fait voler en éclats la glace noire qui le retenait. Mais comme il part d'un grand bond vers l'abri des bois qu'avait repéré le ranger, une pluie de javeline vient s'abattre sur lui.  
Les pointes acérées déchirent sa fourrure hérissée et forcent le druide à reprendre forme humaine. Lorsqu'il se relève couvert de boue et de sang, il constate que derrière lui les orcs ont rattrapé Ildur dont même les terribles dagues ne peuvent le dépêtrer du flot continu d'ennemis qui se jettent sur lui. 
L'aigle qui avait tenté de venir au secours de Tengrim git à quelques pas du nain, un bouquet sinistre de lances planté dans sa grande forme brisée. Sous ses pieds le réseau de racines de glace noire qui l'avait   capturé s'anime à nouveau aux ordres du prêtre. Espérant briser sa concentration, Finnlay ordonne à son dernier aigle de s'emparer de l'orc pour l'emporter le plus loin possible dans les airs. Le demi -elfe chancelant rassemble ensuite ses dernières forces pour faire éclater une orbe d'acide en plein visage d'un orc qui s'apprêtait à frapper Ildur dans le dos, mais sa magie est devenue tellement instable que la puissance brute des mots qu'il incante lui brûle les cordes vocales et ce n'est plus qu'un croassement inaudible qui passe ses lèvres au moment de faire face à la nouvelle vague de brutes frénétiques qui arrive sur lui en hurlant. Les héros sont au bout de leurs forces et ils sont sur le point de se résoudre à faire face à la mort quand soudain un barrage de boules de feu venu du ciel vient briser net la charge des orcs. Des brèches miroitantes s'ouvrent ensuite dans l'air et des tentacules noirâtres en jaillissent pour s'emparer des orcs amassés autour de Tengrim. Ildur profite de la diversion pour éventrer ses adversaires les plus proches mais il n'est pas assez rapide pour les tuer tous et sa garde est complètement baissée face au dernier orc qui a l'opportunité de lui porter un coup fatal. Mais avant qu'il puisse enfoncer sa lame dentelée entre les côtes d'Ildur, un énorme aiguillon suintant de venin le transperce de part en part et l'ombre colossale de la wyverne de Lady Xanaphia l'écrase en atterrissant devant le ranger médusé. Lâchant une nouvelle salve de boules de feu pour tenir les orcs à distance, Chaldos Vedriga pose son hippogriffe entre Tengrim et Finnlay qui se jettent en selle derrière le skymage. Ildur, tout couvert de sang, doit à nouveau se serrer contre la sorcière elfe mais cette fois ci, loin d'être dégoûtée, elle ronronne de plaisir en l'invitant à prendre place. Avec un dernier regard en arrière, Finnlay congédie son aigle encore aux prises avec le prêtre loin au-dessus du champ de bataille et l'orc fait une chute aussi vertigineuse que mortelle alors que les héros décollent enfin. 
Ils prennent sans attendre la direction de Bryn Shander, leurs montures luttant contre des vents tourbillonnants qui mettent rapidement fin aux conversations entre les aventuriers et leurs sauveurs.  

Au bout de deux heures ils sont enfin en vue des murailles de la ville mais comme ils entament leur descente, Finnlay, toujours muet, se met à s'agiter frénétiquement pour attirer l'attention de ses compagnons. Alarmé par les gesticulations du jeune druide, Tengrim suit son regard horrifié vers les nuées d'où surgit soudain la terrifiante forme immaculée de la Mort Blanche en personne. Arauthator fond tel un gigantesque oiseau de proie sur la wyverne qu'il déchire de ses puissantes griffes, arrachant ses ailes aussi facilement que celles d'une mouche. 


Arauthator surgit des nuées

Désarçonné par le fantastique choc, Ildur reprend ses esprits alors qu'il tombe en chute libre vers les toits de la ville. Au-dessus de lui, Xanaphia flotte dans l'air comme une plume, mais elle a à peine le temps de brandir sa baguette que le souffle implacable du dragon la transforme en une statue de glace qui va se fracasser en milliers d'éclats sur les pavés en contrebas. Le ranger ferme les yeux en attendant de connaître le même sort, mais au dernier moment il sent les serres de l'hippogriffe se refermer sur son épaule et freiner in extremis sa chute. Le piqué que Chaldos Vedriga a fait effectuer à sa monture est cependant trop raide pour qu'il puisse se rétablir correctement et tout l'équipage frappe rudement le sol de la place dégagée devant la maison du conseil. Pour prix de ce sauvetage héroïque, la pauvre bête  se relève en boitillant, une patte cassée et l'aile froissée. Mais ses piaillements sont presque aussitôt couverts par le fracas du dragon qui se laisse choir sur la maison du conseil, pulvérisant la toiture sous son poids. La structure se retrouve tout à fait dispersée alors qu'Arauthator jette des pans de murs entiers sur les demeures alentour dont les façades défoncées s'écroulent à leur tour devant la fureur de la bête. Encore sonnés par leur atterrissage en catastrophe, les aventuriers se rendent soudain compte que les cris de rage et les invectives du dragon leur sont destinés. Il exige que Talis lui soit rendue et promet les pires souffrances à ceux qui ont ainsi osé lui voler sa propriété, puisque que c'est ainsi qu'il semble considérer la wyrmspeaker. 
Ses immenses griffes continuent de réduire en poussière les gravats alors qu'il délaisse la ruine de la maison du conseil pour s'approcher des héros.  Malgré les blessures accumulées au cours des dernières heures qui les laissent au bord de l'évanouissement, ceux-ci font face et se tiennent prêts à défendre chèrement leurs vies. Mais comme Arauthator va déchaîner son souffle glacial sur eux, il est frappé par une colonne de feu vert  vif tombée providentiellement du ciel. Il trébuche un instant sous la force de l'impact et des volutes miroitant d'éclats de glace s'élèvent entre ses crocs qui esquissent un sourire malsain en voyant qui l'a ainsi frappé.  
"Des Bainites? Bande d’imbéciles, vous avez fait venir des Bainites?!" s'écrie-t-il en voyant les prêtres qui s'avancent au milieu des soldats du Zhentarim qui arrivent au secours des aventuriers. Le dragon s'ouvre un passage de dévastation à travers les bâtiments qui le sépare des murs de la ville et assure aux héros qu'il n'en a pas fini avec eux, si tant est qu'ils survivent à La catastrophe qui approche. Puis il fait voler en éclats de son souffle destructeur tout un pan de la muraille avant de disparaître  vers l'horizon en quelques battements de ses puissantes ailes, ne laissent derrière lui que l'écho de son rire maléfique. 

Quelques heures plus tard, le nouveau conseil de Bryn Shander est réuni. Aux côtés de Duvessa Shane, qui incarne désormais la volonté de tous les gens des Dix-Cités, siège Chaldos Vedriga en tant que représentant du Zhentarim, flanqué de Tibor Gondorian, le massif haut prêtre de Baine à la face de bulldog. Le sheriff Markham est là en tant que chef de la milice, tandis que le Roi Jarund et Stokely Silvertream parlent pour leurs peuples respectifs. Tous écoutent le récit des héros avec des mines graves. Le silence qui s'ensuit est à la hauteur de la menace qui plane plus près que jamais sur la ville. Chaldos Vedriga est le premier à oser reprendre la parole et il pose la question fatidique; que fait-on maintenant que l'on sait ce qui approche? 
Les avis sont partagés sur la meilleure façon d'utiliser le peu de temps qui reste avant l'arrivée des orcs, mais c'est le point de vue des héros qui convainc le conseil. 
La priorité est donnée à l'évacuation des civils qui s'entassent dans les moindres recoins de la cité. Toutes les ressources seront donc dédiées à l'excavation du portail enseveli sous les ruines de la maison du conseil, même si cela veut dire qu'il faut abandonner l'idée de colmater la muraille dont la brèche ne pourra être comblée que par une barricade de fortune bien difficile à défendre correctement. Pendant deux jours une chaîne humaine travaille sans interruption pour déplacer les tonnes de gravats accumulées au-dessus des souterrains, et finalement on arrive à dégager un étroit passage jusqu'à l'escalier qui s'enfonce dans le sous-sol. La nuit même qui suit la fin des travaux, les sentinelles sonnent l'alarme. Des dizaines de torches sont apparues le long de la route et les lumières se répandent dans la plaine à l'est de la ville, accompagnées des hurlements bestiaux des orcs impatients du carnage. 
Déjà une longue file de réfugiés  se forme devant l'accès au souterrain et toute la milice doit se mobiliser pour éviter que la panique ne provoque de fâcheux débordements. Toute la nuit, femmes, enfants, vieillards et blessés s'engouffrent dans le portail et pourtant à l'aube ce n'est encore qu'une fraction d'entre eux qui a pu fuir quand sonnent les cors stridents de l'armée des orcs. Une bousculade répond au son des cornes et l'on doit employer la manière forte pour la calmer alors qu'on se rend compte que ce n'est pas encore le signal de l'attaque qui vient ainsi d'être donné mais plutôt qu'on annonce que le nouveau maître du Valbise paraît enfin. Le massif palanquin s'avance jusqu'aux abords de la ville et Akar Kessel en émerge pour s'adresser au peuple de Bryn Shander. Malgré la distance respectable qu'il conserve, sa voix éraillée porte au-delà des murailles, sans doute amplifiée par magie. Son ultimatum est des plus simple, qu'on le reconnaisse comme le souverain absolu de la région et qu'on le vénère comme un dieu en échange de sa mansuétude, ou bien il lâchera ses troupes enragées qui massacreront tout le monde. 

La bataille est désormais inévitable car la reddition n'est une option pour personne. Les quelques heures de répit qui restent sont donc mises à profit pour mettre les dernières touches à la défense de la ville. 
Les ingénieurs nains dressent des barricades en travers des rues qui entourent la réparation de fortune qui a été tentée pour combler la brèche dans la muraille. Des paniers remplis de pierres et des marmites d'eau bouillantes sont hissées vers les barbacanes qui surplombent les portes tenues par le Zhentarim. Les miliciens distribuent leur surplus d'armes aux guerriers de l'élan tandis qu'autour de Tibor Gondorian les disciples de Baine prient leur impitoyable dieu pour qu'il leur accorde ses sorts les plus destructeurs. 
Et dans les souterrains, tout au fond de l'immense salle où se presse la foule des pauvres gens attendant de passer le portail, les ouvriers harassés par leur labeur d'excavation des derniers jours recommencent à déplacer des pierres de leurs mains meurtries pour ménager un passage à la bande de héros qui ont pour mission de tenter d'abattre Akar Kessel en prenant à revers son escorte au plus fort de la bataille qui s'annonce. Autour des aventuriers, les dix guerriers les plus braves de la tribu de l'élan se tiennent côte à côte avec un groupe de Bainites et de mercenaires du Zhentarim à l'air sombre. 
Le signal du départ qu'ils attendent ne tarde pas à sonner, car dès la nuit tombée une clameur sauvage assaille leurs oreilles alors qu'une véritable marée d'orcs vient se briser sur les murs de Bryn Shander. 



Courbés sous les étais qui retiennent le remblai, ils rejoignent le long tunnel qui mène à l'extérieur de la ville où une funeste surprise les attend. Au fond de la combe où s'ouvre la porte secrète, ils manquent en effet de tomber nez à nez avec la troupe entière des pirates silencieusement tapis derrière les fourrés. Fort heureusement, la magie de Finnlay les enveloppe d'un voile d'ombre qui efface leurs silhouettes sur l'arrière-plan de la nuit et leur permet de s'évanouir dans la nature sans être repérés. Le druide convoque aussitôt un petit hibou à qui il confie un message pour Chaldos Vedriga l'avertissant que les ruffians préparent un mauvais coup du côté de la porte nord. 
Pour être sûrs de bien prendre Akar Kessel par surprise, il leur faut faire un détour significatif par la toundra rendue spongieuse par le dégel anormalement précoce que connait le Valbise depuis quelques jours. En privilégiant les chemins cachés dans les creux du relief, ils n'aperçoivent que des bribes de la bataille  qui fait rage dans Bryn Shander. 
Les orcs se sont scindés en deux groupes. Le premier est muni de lourds béliers et d'échelles de fortune et se lance à l'assaut de la porte orientale. Les mercenaires du Zhentarim qui la tiennent repoussent vague après vague des créatures, mais les arbalétriers ont beau faire pleuvoir les carreaux sur ceux qui s'amassent en contrebas, les orcs ne tombent pas, comme si une force inconnue déviait les traits au dernier moment. Le deuxième groupe, bien plus important, se rue sur la brèche. Les barricades montées par les nains résistent au-delà de toute espérance, mais même le savoir-faire des ingénieurs du clan Battlehammer ne peut retenir éternellement  les centaines d'orcs qui se pressent contre la muraille et bientôt la horde se répand dans les rues. Les défenseurs leur font cependant payer cher la moindre avancée. Les barbares de l'élan surgissent de chaque croisement dans des contre-attaques furieuses tandis que les miliciens du sheriff offrent une résistance héroïque, soutenu par la magie des prêtres de Baine. Chaldos Vedriga n'est pas en reste et ses projectiles magiques fauchent sans relâche les orcs qui croisent son chemin. La chouette de Finnlay vient alors se poser sur son épaule pour lui murmurer l'avertissement du druide au creux de l'oreille. Le skymage réalise que l'attaque sur la porte orientale n'est qu'une diversion et que c'est de la porte nord dont les défenses ont été dégarnies que les troupes d'Akar Kessel comptent prendre les défenseurs de la ville à revers. Aussitôt il se taille un chemin dans la mêlée à coups d'éclairs, sans se soucier des malheureux barbares qui s'y battent encore, et il entraîne en toute hâte les forces du Zhentarim qui l'entourent vers la porte nord. Soudain privés du soutien des Bainites, la ligne des miliciens faiblit et elle se serait effondrée totalement si les nains n'avaient pas quitté les souterrains qu'ils gardaient pour lancer une contre-attaque désespérée. 
En arrivant à la porte nord, Chaldos Vedriga et ses hommes sont accueillis par un silence de mort. Aucune sentinelle ne répond à leurs appels mais comme ils approchent, les gardes de faction se retournent soudain en sortant leurs armes et se précipitent sur eux. La pâleur de leurs visages et les gouffres insondables de leurs orbites ne laissent pas de doute, les pauvres hères ont été transformés en mort-vivants. Un bref combat s'engage avant que les prêtres canalisent l'énergie de leur dieu pour repousser les zombies. Mais leur cercle de protection est soudain brisé avec des cris étranglés. Une silhouette sombre et vaporeuse se dresse au milieu des Bainites qu'elle transperce tour à tour de sa longue lame noire. Les prêtres tombent  pour se relever presque aussitôt et se retourner contre les mercenaires qui étaient encore leurs camarades un instant plus tôt. Les soldats se replient en formation défensive autour de leur chef qui scrute l'obscurité de sa baguette pour frapper de sa magie le spectre qui commande les mort-vivants. Il ne faut pas attendre bien longtemps pour que celui-ci reparaissent et traverse sans peine le mur de lames dressé devant lui par les mercenaires. Chaldos Vedriga parvient à lâcher une salve de projectiles magiques qui vont se perdre dans la poitrine obscure de Derek avant que son étreinte se referme sur la gorge du mage avec un rire cruel. Le skymage sent sa force vitale le quitter, inexorablement aspirée par le lieutenant d'Akar Kessel. Il est sur le point de perdre connaissance lorsqu'un flash de lumière verte vient percuter Derek et l'envoyer voler à l'autre bout de la place. Une seconde vague de la même énergie réduit en cendres les zombies alors que Tibor Gondorian et ses acolytes arrivent. Le haut prêtre avance sans hésiter vers Derek qui peine à se relever. Il enfonce son gantelet d'émeraude dans le torse du spectre en invoquant le nom tout puissant de Baine et Derek plie le genou, sa volonté brisée et son âme pervertie désormais au service exclusif d'un nouveau maître. Il trahit sans remords les hommes qu'il était censé mener au combat un instant avant et leur donne le signal de sortir de leur cachette pour passer la porte qu'ils pensent tenue par le mort-vivant. Mais quand les pirates arrivent au pied des murailles, les lourds battants de bois se referment devant eux et le barrage de carreaux d'arbalète qui les accueille achève de les précipiter dans une piteuse débandade.  
L'intervention du Zhentarim pour faire échec aux plans de Derek a cependant durement dégarni la résistance autour de la brèche et les combats ont débordé profondément au cœur de la ville où la panique se répand dans l'anarchie la plus complète. 
Les guerriers de l'élan se retrouvent encerclés et tombent à un rythme effrayant autour de Jarund. Les tirailleurs de Folnor, à cours de flèches, se retrouvent piégés sur le toit en feu de la maison dans laquelle ils ont dû se replier, et plutôt que de laisser les flammes les priver d'une mort glorieuse, ils préfèrent brandir leurs couteaux et se jeter dans la masse grouillante des orcs en contrebas pour en emporter le plus possible dans leur chute.  
La milice est bien incapable de retenir la furie des sbires d'Akar Kessel et dans leur fuite on ne peut plus distinguer les hommes du sheriff des civils terrifiés qui se bousculent dans les rues. 
Les orcs finissent aussi par débusquer les quelques nains qui tiennent encore l'accès aux souterrains sous le commandement de Delg.  Plutôt que de laisser les créatures atteindre la foule d'innocents qui attend encore en bas, le nain choisit de se sacrifier en faisant s'écrouler sur lui la galerie qu'il défend pour piéger sous des tonnes de terre la troupe de gobelinoïdes qu'il avait attirée au bas de l'escalier et condamner du même coup l'accès à la salle du portail. 

Akar Kessel

Alors que la situation prend ce tour désespéré à Bryn Shander, les héros arrivent enfin en vue du palanquin d'Akar Kessel, entouré de sa garde prétorienne de champions orcs. L'énorme silhouette engoncée dans son armure noire contemple les ravages de son armée avec un ricanement satisfait. Leur résolution armée par le dégoût que cette scène leur évoque, les héros et leur escorte sont prêts à passer à l'attaque. Finnlay commence par se saisir de la baguette de l'hiver de Talis avec laquelle il invoque une terrible tempête de grêle qui aveugle les orcs et bouscule suffisamment les ogres pour que le palanquin vacille. Akar Kessel est ainsi délogé de son trône sans ménagement.  À peine a-t-il retrouvé son équilibre que Tengrim surgit du blizzard pour le cribler de violents coups de haches.  L’armure de glace noire ne s'en trouve même pas égratignée mais la puissance de Jotunbane est telle que le géant est renversé sur son postérieur. Ildur en profite pour littéralement sauter à la gorge du mort-vivant et réduire sa face en pulpe putréfiée à grands coups de poignards. Les orcs n'ont pas le loisir de porter secours à leur maître car les barbares et les mercenaires sont déjà sur eux, accompagnés d'une meute de loups que Finnlay a fait apparaître. Seuls les ogres les plus proches peuvent tenter de s'interposer en faisant tournoyer leurs grands gourdins ferrés de glace noire. Ildur est cueilli de plein fouet par un de leurs coups qui l'envoie rouler sur le sol où un autre impact tombe suffisamment prêt pour lui envoyer une giclée de terre dans les yeux. 
Akar Kessel se relève en repoussant Tengrim du plat de sa gigantesque épée de glace noire. Un rire gargouillant secoue  encore sa mâchoire à moitié arrachée alors qu'il percute le ranger toujours aveuglé d'un coup aussi maladroit que puissant. Ildur est projeté à plusieurs mètres et retombe lourdement dans la boue glacée, inconscient. Déséquilibré par le poids démesuré de sa lame, Akar Kessel est incapable de parer l'attaque suivante du nain et Jotunbane s'enfonce profondément dans son crâne, pulvérisant la magie nécromantique qui animait le corps de Gundar qui s’effondre avec fracas aux pieds de Tengrim. Le spectacle de leur maître vaincu jette les quelques ogres survivants dans un effroi irrésistible et ils s'enfuient dans la nuit avant d'être fauchés eux aussi par le nain et sa terrible hache. 
A Bryn Shander aussi la défaite d'Akar Kessel a des conséquences désastreuses pour son armée. La magie qui soutenait les orcs s'évanouit soudain et la contre-attaque du Zhentarim fait enfin les ravages attendus dans leurs rangs. Sans la force de leur maître pour les guider, le moral des orcs s'effondre et ils ne tardent pas à battre en retraite dans un désordre indescriptible. 

Finnlay se précipite au chevet d'Ildur qu'il ramène à la conscience avec sa magie curative. Le ranger rouvre les yeux juste à temps pour voir Tengrim finir de décapiter le corps sans vie du géant. Ce qui reste de sa tête roule sur le sol et comme son seul œil restant se couvre d'un voile opaque, l'horrible voix d'Akar Kessel s’élève dans les airs et leur lance une dernière invective avant de se perdre dans le vent  : 

"Si vous croyez que détruire cette carcasse suffira à me vaincre, c'est que vous êtes encore plus bêtes que je ne le pensais! Je reviendrai et la prochaine fois personne ne pourra m'arrêter!" 



mercredi 3 octobre 2018

Le Maître de la Glace Noire




Une aventure de Donjons & Dragons de niveau 7

Avec


Icham Andeth Alammar, le barde expert en déguisement

Ildur Main d’Airain, le ranger aux dagues inquiétantes

Finnlay Galindan, le druide qui recommence à grandir
Tengrim Copperplate, le nain inébranlable au combat

Kri Shanu, le moine sans pitié pour les pirates



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Avant de laisser Rurden prendre la route, Icham insiste pour qu'il échange ses habits déchirés avec la chaude tunique de Tengrim. Le barde a en effet un plan et en quelques ajustements de ses mains expertes il réussit à affubler le nain de l'air pitoyable de prisonnier en fuite que son compatriote portait quelques heures auparavant. Toujours grimés en pirates ses compagnons encadrent Tengrim et le ramènent vers Easthaven. Là-bas une incroyable désorganisation a éparpillé les hommes aux quatre coins de la ville à la recherche des meurtriers de leur chef. Les héros évitent ainsi facilement les rencontres fortuites avec des malandrins qui pourraient les reconnaître jusqu'à ce qu'ils arrivent en vue de leur objectif, le navire amiral orné de sa terrible tête de proue de glace noire.  


Certains de la crédibilité de leurs déguisements, ils s'avancent avec assurance au-devant des sentinelles pour aller enfermer leur prisonnier à fond de cale. L'aplomb d'Icham ne laisse pas l'occasion aux pirates de se poser des questions et ils abaissent la passerelle en promettant mille mort au nain qui pensait leur avoir échappé. 
Le nouveau capitaine autoproclamé du Démon Hurlant en revanche se montre beaucoup moins coopératif et tente de s'approprier le mérite de la capture en réclamant le droit de mener lui-même la séance de torture qui s'annonce. Mais le barrage d'insultes qu'il reçoit en réponse de la part du barde est d'une telle violence qu'il en est presque étourdi et il se retrouve contraint de suivre les aventuriers dans les entrailles du bateau pour ne pas perdre la face en montrant son impuissance à les arrêter. Quatre de ses hommes lui emboîtent le pas, excités à l'idée d'assister aux sévices que les nouveaux venus ne devraient pas manquer d'infliger à leur malheureux captif. 
Tengrim est ainsi jeté au bas de l'escalier au milieu de l’amoncellement de précieuses marchandises qui constitue le butin des pirates. Comme leur chef se penche vers le nain pour lui appuyer avec un cruel empressement sa lame contre le visage, Icham murmure un simple mot qui donne le signal d'agir à ses compagnons. Tengrim arrache ses liens factices pour se saisir de sa hache dissimulée sous ses hardes et se redresse d'un bond pour propulser un rude coup de tête dans l'estomac de son tourmenteur qui tombe à la renverse le souffle coupé. Kri fait pleuvoir ses coups sur les hommes qui l'entourent, les envoyant au tapis sans coup férir. Ildur choisit quant à lui de dégainer ses poignards ensorcelés dont le frottement contre leurs fourreaux évoque le rugissement terrible d'une bête monstrueuse. Les lames d'os semblent voler d'elles même vers la gorge de leurs victimes et lorsqu’elles les déchirent comme du papier, le ranger ne peut refréner un frisson de plaisir honteux. 
Débarrassés des témoins gênants les aventuriers entreprennent de fouiller la cale mais ils se rendent vite compte qu'ils n'y découvriront rien d'utile. Ils tournent alors leur attention vers la cabine du capitaine qui se trouve à l'autre bout du navire. Finnlay abandonne alors la discrète forme féline qu'il avait gardé jusque-là afin de pouvoir lire l'un des nombreux parchemins qu'il entasse dans sa besace. Aussitôt la dernière ligne déchiffrée, la puissance arcanique contenue sur le papier se projette sur Icham dont l'allure se modifie soudainement. Sa stature se fait plus imposante, ses cheveux soyeux disparaissent et une longue barbe rousse lui pousse tout droit sous le menton jusqu'à ce qu'il adopte l'apparence exacte du chef des pirates qui gît à ses pieds. 
Grâce à sa nouvelle identité, le barde parvient à traverser le pont en direction du gaillard arrière sans éveiller le moindre soupçon chez les sentinelles qui le voient passer. La cabine de Derrick est encore intacte et regorge des richesses les plus clinquantes qu'il a pu rançonner au cours de ses mois de pillage. Mais les bijoux y sont bien plus nombreux que les indices et Icham ne découvre rien de plus sur les plans de conquête du Valbise d'Akar Kessel. 
La nuit est désormais bien avancée et Icham rejoint la cale pour s'y livrer à un simulacre extrêmement convaincant des tortures qui sont censées s'y dérouler. Les cris et les coups sont plus vrais que nature et personne ne s'inquiète donc de ne pas voir remonter les hommes qu'ils ont tués puisque leurs compères les imaginent en train de prendre du bon temps à maltraiter le nain à tour de rôle. Leur vigilance est tellement engourdie que le sommeil les rattrape, les laissant à la merci des aventuriers qui en profitent pour s'assurer qu'aucun des membres d'équipage ne se réveillera plus jamais. S'étant rendus maître du navire, ils n'attendent désormais plus que l'attaque de la tribu du tigre pour prendre les pirates à revers et anéantir une bonne fois pour toute la menace qu'ils représentent. Mais les heures passent et la horde d'Auril ne se montre toujours pas. Le soleil est déjà haut dans le ciel quand Finnlay décide de prendre les airs entre les serres d'un de ses rapaces pour aller au-devant des barbares et savoir ce qui les retient. Il ne lui faut pas longtemps pour découvrir qu'une armée est bien aux portes d'Easthaven et que si Bjornhild semble marcher à sa tête, ce ne sont pas des guerriers du tigre qui la suivent mais une multitude d'orcs. A l'horizon derrière la longue file des gobelinoïdes le druide peut deviner le ballet des charognards qui se repaissent du charnier que l'éradication de la tribu du Tigre a laissé au milieu de la toundra. 


La corruption de Bjornhild
Le temps qu'il retrouve ses compagnons pour les avertir de ce qu'il a vu, les cors de l'avant garde orque sonnent déjà aux abords de la ville et replongent les pirates dans la plus grande confusion. Les héros en profitent pour quitter leur navire et se mêler à la foule qui s'assemble sur le port. Les premiers orcs commencent alors à pénétrer en ville en bousculant les pirates qu'ils sont déterminés à impressionner par leur démonstration de force. C'est ensuite le claquement de sabots caractéristique de la monture spectrale de Derek qui se répercute dans les rues. De sa voix étouffée par la lumière du jour il présente Bjornhild comme le nouveau commandant de la flotte. La reine barbare s’avance alors, toujours aussi terrible mais pourtant méconnaissable. Sa peau d'albâtre a désormais l'apparence du vieux cuir et un réseau de veine noires vient marbrer sa poitrine depuis les contours de ses lèvres retroussées autour de sa mâchoire. Ses ordres sont simples, il va falloir abandonner les navires et rassembler les hommes pour marcher dès que possible sur Bryn Shander qui doit être anéantie pour la plus grande gloire d'Akar Kessel, leur maître devant lequel tous doivent maintenant s'agenouiller. A ces mots les orcs mettent aussitôt un genou en terre et forcent les hommes à côté d'eux à faire de même. Un rythme imposant de gongs et de tambours monte alors depuis la route et le colossal palanquin noir arrive enfin. 
Huit ogres monstrueux peinent pour le porter sur leurs épaules difformes, leurs naseaux dilatés par le souffle rauque de l'effort.   Leurs énormes muscles se tendent pour le déposer au sol alors que les cors claironnent une annonce triomphale. Les lourdes tentures noires s'écartent enfin et une immense silhouette couverte de plaques d'armures de glace noire prend pied au milieu de la place. Quoique sa peau desséchée soit désormais tirée sur son visage mort, les héros reconnaissent sans peine Gundar, le géant du froid qu'ils avaient abattu au sommet de la tour de la sorcière. Tout comme son harnois, sa grande épée noire a indubitablement été forgée par des artisans nains. Au bout de la lame qu'il brandit de travers est plantée la tête d'un loup de l'hiver et Lorsqu'il prend la parole, c’est la voix de crécelle particulièrement désagréable d'Akar Kessel  qui se vante d'avoir occis lui-même la bête sans même avoir été égratigné par son souffle glacial. 

Le nouveau corps d'Akar Kessel

Ignorant les murmures de l'assemblée il s'approche de la massive figure de proue démoniaque dont il tapote le front avec un rire moqueur, se félicitant d'avoir ainsi tourné en dérision le pouvoir d'Errtu pour faire tomber les marins du Lac Dinneshere sous sa coupe. Il se tourne alors vers les hommes avec une expression démente sur le visage et part dans une envolée lyrique leur promettant des conquêtes innombrables dans son glorieux sillage. Satisfait de l'effet de sidération que son discours a produit, il remonte sur son siège et laisse à Bjornhild le soin de s'occuper de la suite des préparatifs. 
Bientôt une longue file de pirates hagards se forme pour venir prendre les ordres de la guerrière mort-vivante. Icham prend place dans la queue après s'être assuré que son déguisement le rendait réellement méconnaissable. Il veut essayer d'attirer Bjornhild dans une demeure un peu à l'écart où ses compagnons se tiennent en embuscade. Mais il ne réussit pas à éveiller la curiosité de la barbare avec la perspective d'interroger leur prisonnier nain dont elle ne fait qu'ordonner l'exécution pure et simple. Sentant que sa fenêtre d'opportunité est en train de se refermer, le barde tente alors le tout pour le tout et dévoile sa véritable identité. 
Bjornhild bondit aussitôt à sa poursuite mais l'écart qu'elle doit faire pour éviter les flèches d'Ildur permet à Icham de prendre suffisamment de distance pour que Finnlay libère la puissance de son parchemin de boule de feu. Si les flammes meurent avant même de toucher la peau de la barbare, les pirates qui l'entourent n'ont pas cette chance et la déflagration les balaye littéralement. La mort de ses sbires n'émeut pas pour autant Bjornhild qui se précipite en hurlant de rage dans le piège que les héros lui ont tendu. Soutenu par la bénédiction de Clanggedin, Tengrim se dresse sans trembler pour recevoir sa charge mais derrière lui l'aura de terreur de Bjornhild anéantit la détermination de ses compagnons. Ildur et Finnlay tourne aussitôt les talons et Kri doit mobiliser toute sa discipline pour reprendre le contrôle de son esprit. 
Le nain encaisse le choc de la grande lance de la guerrière dont il laisse glisser la pointe le long des mailles de son armure pour renter dans l'allonge de son adversaire. Il fait alors tournoyer sa hache qui éventre la mort-vivante. Sans ciller à la vue de ses entrailles pendantes, Bjornhild riposte en balayant les jambes de Tengrim. 
Le nain tombe lourdement au sol mais il reprend aussitôt ses appuis et dans le même mouvement lance Jotunbane dont la large lame enchantée fend net en deux le crâne de Bjornhild. 
En la libérant de la malédiction de la non-mort, Tengrim brise du même coup l'emprise terrifiante qu'elle exerçait sur ses compagnons. 
Mais l'alerte est donnée et pirates et orcs affluent déjà pour s'emparer des héros qui sautent sur les chevaux invoqués par Finnlay et partent au galop dans une tentative de fuite désespérée.